Montréal: départ de pompiers à la retraite à cause de la réforme des pensions

MONTRÉAL – Ce sont finalement 80 pompiers de Montréal qui ont pris leur retraite en bloc, jeudi, juste avant le dépôt à l’Assemblée nationale du projet de loi destiné à éponger les déficits actuariels des fonds de retraite municipaux.

Ils sont venus s’ajouter à 29 confrères qui en avaient fait autant depuis janvier, pour un total de 109, soit 65 pompiers et 44 officiers.

En conférence de presse vendredi après-midi, le maire Denis Coderre a tenu à rassurer la population.

«Est-ce qu’il y a un danger pour Montréal? S’il arrivait quelque chose, est-ce qu’il va se passer quelque chose de fâcheux pour notre population? La réponse, c’est non», a déclaré M. Coderre en présence du directeur du service des incendies, François Massé.

Le maire et M. Massé ont cependant reconnu que deux casernes ont dû être fermées jeudi soir après les départs imprévus. Ni l’un ni l’autre n’ont été en mesure de préciser la durée de cette fermeture mais ils ont assuré que la couverture de protection n’a pas été affaiblie pour autant, les autres casernes ayant été redéployées pour couvrir les territoires touchés, comme c’est le cas lors d’un incendie majeur.

Selon le président de l’Association des pompiers de Montréal, Ronald Martin, il s’agit de pompiers qui étaient admissibles à une retraite et dont les conditions de retraité auraient été sévèrement diminuées par les dispositions du projet de loi.

Ainsi, il note qu’en demeurant au travail, en vertu du projet de loi déposé la veille, les pompiers auraient vu leur part de cotisations au régime passer d’environ 30 pour cent à 50 pour cent.

Les employés actifs auraient également été obligés d’absorber la portion du coût du régime qui excède 20 pour cent de la masse salariale ainsi que le déficit du régime. Or, les coûts du régime de retraite des pompiers et policiers montréalais se situent actuellement à 27 pour cent de la masse salariale et le déficit atteint plusieurs centaines de milliers de dollars.

«Nous, on n’a pas obligé personne à prendre leur retraite. On a seulement dit: ‘Faut que tu réfléchisses, c’est un choix. Si tu veux être sûr de partir avec tous tes acquis, ben là, t’as une décision à prendre’», a exposé M. Martin en entrevue téléphonique.

Le maire Coderre a cherché à minimiser l’impact de ces départs, rappelant que le service compte quelque 2550 pompiers, syndiqués et officiers confondus.

«On s’ajuste en conséquence. Il y en a qui sont partis. C’est dommage. C’est triste. Ils y avaient droit. Le syndicat a joué son rôle», a dit le maire.

Le président de l’Association des pompiers a toutefois indiqué que le syndicat n’écarterait aucun moyen de pression et aucune contestation juridique pour défendre les acquis de ses membres. Il a cependant précisé qu’il n’est pas question de mettre la population en danger et que les services à la population et les appels d’urgence seront toujours protégés.

«Nos gars sont professionnels, ils vont continuer à servir les citoyens», a assuré le leader syndical.

À Québec, le premier ministre Philippe Couillard a associé ces départs au jeu de la négociation.

«Il faut quand même prendre un certain recul et assumer que tout ça fait partie du jeu de pression et de contre-pression», a-t-il dit.

M. Couillard a toutefois répété sa ferme intention d’aller de l’avant avec le projet de loi qui vise à résorber une impasse de 4 milliards $ que l’on ne peut, selon lui, refiler aux contribuables.

Par ailleurs, il a estimé que les départs massifs des pompiers montréalais étaient prématurés à ce moment-ci.

«Il y a du temps devant nous pour adopter le projet de loi, venir en commission parlementaire présenter leurs arguments et, une fois le projet de loi adopté, il y a un an de négociations. Donc, on dispose en gros de deux ans», a fait valoir le premier ministre.

«Plutôt que de sauter aux conclusions et aux gestes dramatiques, réalisons l’urgence et le caractère incontournable de cette action-là», a-t-il ajouté.

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