Monument pour les victimes du communisme: des citoyens expriment leur colère

OTTAWA – La boîte aux lettres de Stephen Harper déborde de messages écrits par des Canadiens dénonçant le concept, la taille, l’emplacement et le coût du monument commémoratif que le gouvernement conservateur souhaite ériger à la mémoire des victimes du communisme, indiquent des documents récemment rendus publics.

Le premier ministre a reçu des dizaines de missives écrites à la main, dactylographiées ou envoyées par courrier électronique par des citoyens, parfois même des partisans du Parti conservateur, qui remettent en question l’idée de bâtir ce monument, surtout à un jet de pierre du siège de la Cour suprême du Canada.

Certaines personnes soutiennent le projet, mais croient toutefois que le monument devrait être installé ailleurs.

L’un des opposants affirme qu’avec toutes les tragédies qui surviennent à travers le monde, un tel monument témoigne de l’hypocrisie et du manque de vision du gouvernement. D’autres sont encore plus directs, n’hésitant pas à qualifier l’idée d’absurde et à exhorter les conservateurs à cesser de gaspiller l’argent des contribuables.

La Presse Canadienne a obtenu cette correspondance, qui couvre la période entre le 1er janvier 2014 et la fin du mois de juin 2015, en vertu d’une demande d’accès à l’information. Presque tous les noms ont été retirés afin de préserver la vie privée des particuliers et des organisations ayant écrit à M. Harper.

Le gouvernement conservateur a fait la promotion du monument comme un moyen de rendre hommage aux millions de personnes ayant souffert ou perdu la vie aux mains de régimes communistes. Le fédéral pilote le projet de 5,5 millions $ pour le compte de Tribute to Liberty, une oeuvre de bienfaisance créée en 2008.

Le monument, dont le design a été élaboré par ABSTRAKT Studio Architecture, est constitué d’une série de pics angulaires, «les plis de la mémoire», qui seront recouverts de plus de 100 millions de petits carrés représentant chacun une victime. Il comprend également un «pont de l’espoir» et une plateforme panoramique.

Le projet, qui sera financé par des fonds publics et privés, doit être construit sur une place verdoyante de l’enceinte parlementaire depuis longtemps destinée à accueillir un édifice de la Cour fédérale.

La taille du monument a été revue à la baisse en juin, notamment en raison des inquiétudes exprimées par un comité consultatif fédéral. Le plan final devrait être présenté d’ici la fin de l’année.

De nombreux correspondants ont déclaré qu’il serait plus approprié de commémorer les souffrances des Autochtones du Canada ou d’améliorer les conditions de vie des résidants des réserves. D’autres ont reproché au gouvernement de ne pas avoir demandé l’avis de la population.

«Cette décision, prise sans que les Canadiens aient été consultés de manière réellement démocratique et malgré l’opposition de plusieurs d’entre eux, est vraiment fâcheuse», estime l’un des auteurs.

Laisser un commentaire