Neutralité religieuse de l’État: la ministre Vallée justifie le port du tchador

QUÉBEC – Il faut respecter le choix des femmes de porter le tchador, incluant celles qui sont au service de l’État québécois, a fait valoir jeudi la ministre de la Condition féminine, Stéphanie Vallée.

Il s’agit à ses yeux d’une tenue vestimentaire qui relève des choix personnels, et l’État n’a donc pas à s’en mêler.

Sa position contredit celle tenue dans le passé par son chef, le premier ministre Philippe Couillard, et les partis d’opposition n’ont pas tardé à dénoncer la confusion du gouvernement sur cette question, de même que l’apparente brèche au principe de l’égalité des femmes.

Symbole d’intégrisme religieux, le tchador est ce long voile noir qui recouvre tout le corps à l’exception de l’ovale du visage. Il est imposé aux femmes dans certains pays comme l’Arabie saoudite et l’Iran.

«Il y a des femmes qui le portent de façon volontaire et cela aussi on doit respecter ça. Il ne nous appartient pas de déterminer et de juger les gens», a commenté la ministre, en point de presse, jeudi.

La ministre a refusé de dire si, à ses yeux, le tchador constituait un outil d’oppression et d’asservissement des femmes.

Elle note que «pour bien des gens, il constitue un signe d’oppression de la femme».

La polémique autour du tchador fait suite au dépôt la veille par Mme Vallée, qui est également ministre de la Justice, du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État.

Le projet de loi indique l’intention du gouvernement de n’interdire aucun signe religieux aux employés de l’État, incluant ceux en position d’autorité avec pouvoir contraignant, comme les policiers et les juges.

La seule restriction: les services publics devront être donnés et reçus à visage découvert. Cela exclut donc d’emblée la burqa (voile intégral) et le niqab (voile intégral avec une fente pour les yeux), mais laisse la voie libre au tchador.

En janvier 2014, alors dans l’opposition, M. Couillard avait convenu que le tchador était un symbole d’oppression des femmes incompatible avec l’exercice des services publics.

Il était allé plus loin pour affirmer qu’il n’était pas question d’accepter qu’une candidate du Parti libéral du Québec porte le tchador.

Depuis deux ans, la position des libéraux sur le tchador n’a cessé d’aller de volte-face en volte-face.

En entrevue en matinée avec l’animateur du FM 98,5, Paul Arcand, la ministre Vallée a soutenu que le port d’un voile ou de symboles religieux n’avait rien à voir «avec la qualité de la prestation de services» gouvernementaux offerte à la population.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, a dit qu’il espérait que le premier ministre Couillard s’explique davantage sur ses positions lors de l’étude du projet de loi l’automne prochain.

Il a déploré que le projet de loi 62 soit «en deçà de tout ce que nous pouvions espérer» et ajouté que le gouvernement devrait «vivre avec les conséquences politiques» de ses choix.

La porte-parole péquiste en la matière, la députée Agnès Maltais, se disant «stupéfaite», a dénoncé le fait que la ministre rabaisse le tchador à «une simple pièce de vêtement comme les autres».

Pour les femmes, il s’agit là d’un «recul totalement inacceptable», selon la députée.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a renchéri pour considérer que «le tchador est un signe d’oppression envers la femme, donc ça ne devrait pas être permis pour les employés de l’État».

«J’en reviens pas», a-t-il ajouté, encore étonné que le gouvernement ait tourné le dos au rapport de la Commission Bouchard-Taylor, qui recommandait d’interdire les signes religieux aux personnes en autorité ayant un pouvoir contraignant.

Au lieu de cela, M. Legault estime que le gouvernement choisit de «nier les valeurs québécoises» et de bafouer le principe de l’égalité entre hommes et femmes.

«Ça va rattraper M. Couillard» dans l’opinion publique, selon lui.

Questionné en Chambre par M. Legault à savoir si un policier ou une policière «devrait avoir le droit de porter une croix visible, un voile ou un turban», M. Couillard s’est posé en champion des libertés fondamentales.