Pas de coupes franches ni de ponctions fiscales dans le budget en Ontario

TORONTO – Le retour à l’équilibre budgétaire en Ontario ne se fera pas à coups de hache: le gouvernement libéral croit plutôt pouvoir éliminer le déficit de 10,9 milliards $ grâce à de petites touches de scalpel.

La seule nouvelle ponction fiscale contenue dans le budget déposé jeudi consiste en une taxe de un cent sur chaque bouteille de bière, dans le cadre d’une réforme majeure des lois ancestrales régissant la vente d’alcool dans la province.

Le budget de dépenses de 131,9 milliards $ déposé par le ministre des Finances, Charles Sousa, prévoit l’élimination du déficit par le biais d’une vaste gamme d’économies très ciblées, et table sur une croissance économique soutenue dans la province. Les libéraux n’ont donc annoncé aucune coupe majeure dans les dépenses de programmes, et aucune hausse d’impôt pour les particuliers ou les sociétés, comme le prédisaient plusieurs analystes.

Le ministre Sousa a misé sur un taux de croissance économique de 2,7 pour cent cette année en Ontario, alimentée par la faible valeur de la devise canadienne — excellente pour les exportations —, par la reprise économique aux États-Unis et par les bas prix du pétrole. Mais il ne compte pas seulement sur les facteurs économiques externes pour atteindre le déficit zéro: le contrôle des dépenses devra aussi contribuer à l’effort budgétaire, a-t-il prévenu.

«Nous ne contrôlons pas les dépenses à grands coups de hache, comme certains autres le feraient: nous avons réexaminé soigneusement chacun des programmes.»

Le gouvernement de Kathleen Weil admet toutefois, dans le texte même du budget, que des changements imprévus dans la conjoncture économique mondiale pourraient modifier ses prévisions budgétaires.

L’Ontario prévoit que le déficit passera de 10,9 milliards $ actuellement à 8,5 milliards $ en 2015-2016 et à 4,8 milliards $ en 2016-2017, avant d’être éliminé l’année suivante.

Les budgets de dépenses en santé, en éducation, dans les services sociaux et à l’enfance de même qu’en justice connaîtront de légères hausses, alors que d’autres secteurs seront touchés par des baisses de 5,5 pour cent, ce qui donne dans l’ensemble une croissance à peu près nulle des dépenses jusqu’en 2017-2018.

L’opposition conservatrice ne croit pas que le gouvernement pourra éliminer le déficit d’ici 2017-2018, ni que la hausse minime des budgets en santé ne se traduira pas par des réductions de personnel dans ce secteur. «Le remboursement de la dette est le poste budgétaire qui connaîtra la plus forte croissance — plus que la santé ou l’éducation», constate le chef intérimaire du Parti progressiste-conservateur, Jim Wilson.

Le budget comprend des dépenses de programmes de 120,5 milliards $, de même que 11,4 milliards $ en remboursement de la dette, qui devrait atteindre 298,9 milliards $ cette année.

La chef néo-démocrate, Andrea Horwarth, déplore quant à elle que le budget ne fasse rien pour alléger la vie des Ontariens ordinaires.

Des analystes et des agences de notation de crédit ont toujours été sceptiques devant la promesse des libéraux d’éliminer le déficit d’ici 2017-2018. Matthew Stewart, du Conference Board, croit maintenant que ce sera possible — mais de plus en plus difficile. La Chambre de commerce de l’Ontario demeure quant à elle sceptique, et croit que les libéraux «pellettent par en avant».

Mike Moffatt, professeur en économie à l’école des hautes études commerciales Ivey, pense que cette approche des petits pas est ardue mais qu’elle peut fonctionner. D’autant plus que le gouvernement s’est montré conservateur dans ses prévisions. «S’ils se trompent, ce sera d’avoir sous-estimé l’économie», a-t-il soutenu.