Péladeau craint pour le maintien au Québec du siège social du Cirque du Soleil

QUÉBEC – Le député péquiste Pierre Karl Péladeau craint que le siège social du Cirque du Soleil puisse déménager d’ici quelques années.

M. Péladeau s’est inquiété de la possibilité qu’une nouvelle transaction compromette les dispositions qui doivent garantir son maintien au Québec.

Lundi, le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, a assuré que les nouveaux actionnaires de l’entreprise, à qui il a cédé le contrôle du fleuron québécois, s’étaient engagés à maintenir le siège à Montréal.

M. Laliberté a toutefois précisé que la transaction, dont le montant n’a pas été révélé, ne contenait aucune disposition écrite à cet effet.

Avant de se rendre à une réunion du caucus péquiste mardi, M. Péladeau, porte-parole de l’opposition en matière d’économie, a souligné que les deux principaux actionnaires du Cirque sont deux fonds d’investissement.

Le député et candidat à la direction du Parti québécois a rappelé que ce type d’entreprise cherche des rendements rapides, ce qui laisse entrevoir une transaction à moyen terme.

«Je n’ai pas de connaissance des accords, je ne sais pas si ces accords vont survivre après une éventuelle autre transaction qui pourrait se produire, a-t-il dit. Mais la mission et la vocation d’un fonds d’investissement, c’est d’acheter et de revendre. Ce n’est pas comme un industriel qui est là à perpétuelle demeure pour faire en sorte d’engager cette activité.»

M. Péladeau a affirmé qu’en moyenne, les fonds d’investissement détiennent leur participation financière dans des entreprises pendant une période de «quatre à six ans, rarement beaucoup plus».

Sans se prononcer sur la perspective qu’une restructuration cause de nouvelles pertes d’emploi au Cirque, M. Péladeau a déploré que le gouvernement n’ait pas joué un rôle plus actif pour tenter de constituer un groupe d’investisseurs québécois pour conserver la propriété ici.

«C’est certain que le centre décisionnel, lorsque vous faites face à une transaction de cette nature, a tendance à se déplacer, a-t-il dit. Lorsque vous contrôlez 80 pour cent des actions, c’est normal aussi — puisque c’est votre argent qui est « au batte », si vous permettez l’expression — de vouloir faire en sorte de prendre les décisions pour rentabiliser l’entreprise.»

M. Laliberté, qui conservera une participation de dix pour cent dans le Cirque, a annoncé lundi que le fonds d’investissement TPG faisait l’acquisition de 60 pour cent de l’entreprise dont le capital est fermé, ce qui explique que la valeur de la transaction n’ait pas été révélée.

Le fonds d’investissement chinois Fosun prend également une participation de 20 pour cent, tandis que la Caisse de dépôt et placement du Québec en détiendra 10 pour cent.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a affirmé que la Caisse de dépôt, qui gère les fonds de la Régie des rentes du Québec ainsi que les retraites des employés du secteur public, aurait dû exiger des garanties de maintien du siège social.

«La Caisse de dépôt semble avoir pris une participation de 10 pour cent sans même exiger à long terme que le siège social reste au Québec, a-t-il dit. La Caisse de dépôt, c’est de l’argent public, j’aimerais savoir quelle est la garantie. Il y a des gens qui nous rapportent ce matin que si le Cirque était revendu à Disney, le siège social pourrait déménager.»

Alors que le premier ministre Philippe Couillard a exprimé lundi sa satisfaction de voir le siège social demeurer à Montréal, tant M. Péladeau que M. Legault ont affirmé que les libéraux auraient dû en faire plus pour inciter des investisseurs québécois à garder le contrôle financier de l’entreprise au Québec.

«M. Couillard a manqué de leadership, a dit M. Legault. Il aurait dû au moins essayer de former un groupe de gens d’affaires québécois pour acheter le bloc de contrôle. C’est la seule façon à long terme de pouvoir garantir la présence du siège social.»

Bien que M. Laliberté ait estimé que les moyens des investisseurs sont plus importants aux États-Unis qu’au Québec, M. Péladeau a affirmé que réunir des investisseurs ici aurait été possible, d’autant plus que l’intention de vente de participation était connu depuis longtemps.

«C’était annoncé depuis un certain temps, je pense que le ministre de l’Économie et le premier ministre auraient dû faire le nécessaire», a-t-il dit.