Port du niqab: oui dans la fonction publique, mais pas pour la citoyenneté

OTTAWA – Une femme peut porter un niqab pour exercer un emploi dans la fonction publique, mais pas au moment de prêter serment de citoyenneté, selon le président du Conseil du trésor.

C’est la ligne que Tony Clement a tracée au cours d’une mêlée de presse, mercredi, à la sortie du caucus du Parti conservateur.

«Si un individu peut faire le travail, c’est ça le critère», a-t-il déclaré.

La prestation de serment, elle devrait se faire «ouvertement, avec transparence et devrait correspondre aux valeurs canadiennes, incluant l’égalité hommes-femmes», a poursuivi M. Clement.

Le ministre du Développement international, Christian Paradis, a pour sa part comparé l’interdiction de porter un niqab lors de ces cérémonies à celle d’esquisser un sourire sur une photographie de passeport.

«Bien, écoutez, je l’ai dit, moi, c’est quand on parle d’identification là comme prêter serment, c’est fondamental. On doit être à visage découvert. On peut même pas sourire sur un passeport», a-t-il lâché.

Pressé de questions par les journalistes, le chef de l’opposition officielle, Thomas Mulcair, a refusé à plusieurs reprises de dire s’il jugeait acceptable qu’une employée de l’État porte un niqab dans le cadre de ses fonctions.

La question du port du voile était revenue sur le tapis la veille, alors que le premier ministre Stephen Harper a déclaré en Chambre que le signe ostentatoire était enraciné dans une «culture misogyne».

Ces propos ont été dénoncés par les chefs des deux principaux partis d’opposition à Ottawa.

M. Mulcair a reproché mercredi à son adversaire politique de se comporter d’une manière indigne de ses fonctions.

«Entendre le premier ministre du Canada, le chef d’un pays du G8 en train de dire que la culture de 1,8 milliards d’êtres humains c’est une culture — il a décidé ça — contre les femmes, ça dépasse l’entendement», a-t-il déploré en point de presse à l’issue du caucus de son parti.

Quant au chef libéral Justin Trudeau, il a accusé en Chambre le chef conservateur de penser que «la majorité devrait dicter aux minorités leurs droits religieux».

Il a demandé à M. Harper d’«expliquer au demi-million de femmes musulmanes du Canada pour quelle raison il avait dit que leur religion de choix était misogyne».

Le premier ministre a commencé par dire qu’«évidemment, (il) n’avait jamais dit une telle chose», puis a lu des extraits de communiqués de presse de organisations juives qui ont réagi plutôt négativement à un discours prononcé lundi par M. Trudeau.

Le député de Papineau a soutenu lors de cette allocution que les conservateurs employaient le même genre d’arguments ayant mené à certaines des démonstrations de racisme dans le passé, incluant le rejet de réfugiés juifs fuyant l’Allemagne dans les années 1930 et 1940.

Le débat sur le port du voile a été en grande partie provoqué par la décision du gouvernement Harper de contester un jugement de la Cour fédérale qui accordait à une femme le droit de prêter serment à visage couvert après s’être formellement identifiée.

Justin Trudeau a rapidement reproché au premier ministre de porter le jugement en appel.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, s’était quant à lui rangé derrière la décision du tribunal ontarien.

Il avait alors accusé le gouvernement de «diaboliser» les musulmanes et déclaré que celles-ci étaient «souvent des boucs émissaires pour des débats politiques», et qu’il trouvait cela «navrant».

Depuis quelques jours, conservateurs et les libéraux s’accusent mutuellement de diviser les Canadiens sur les questions de la religion et de l’ethnie.

Jusqu’à présent, le NPD a surtout reproché au premier ministre Harper et à ses troupes de le faire.

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