Hydro précise son projet d’exportation de 1000 MW vers la Nouvelle-Angleterre

SAINT-JEAN, T.-N.-L. – Hydro-Québec a dévoilé lundi quelques détails d’un projet de nouvelle ligne de transmission qui, s’il était approuvé, permettrait de fournir encore plus d’électricité à la Nouvelle-Angleterre.

Profitant de la rencontre des premiers ministres de l’est du Canada et des gouverneurs des six États de la Nouvelle-Angleterre, lundi, le président d’Hydro-Québec, Éric Martel, a révélé que le projet de 1,4 milliard $, baptisé «Northern Pass Transmission», injecterait 1000 mégawatts dans le réseau électrique de la Nouvelle-Angleterre.

Réalisé en partenariat avec l’entreprise américaine Eversource Energy, la ligne de transmission pourrait entrer en service dès le printemps 2019, a indiqué M. Martel, qui assistait à la conférence aux côtés du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.

«Je crois qu’on est très bien placés au Québec pour profiter de cette occasion, a soutenu M. Couillard à l’issue de la rencontre annuelle. Bien sûr, il y a des appels d’offres, c’est un processus qui va se dérouler au cours des prochains mois, mais je crois que le Québec est très bien placé pour en tirer le plus grand bénéfice possible, au bénéfice de tous les Québécois.»

Certes, Terre-Neuve-et-Labrador planche sur un projet de mégabarrage à Gull Island, sur le cours inférieur du fleuve Churchill, mais la construction n’est pas encore commencée. «Nous, ce qu’on dit, c’est que l’électricité québécoise est disponible aujourd’hui, en grande quantité», a plaidé M. Couillard.

Le premier ministre a assuré que les 62 centrales hydroélectriques du Québec offrent un accès flexible et immédiat à de l’électricité vendue à des prix stables. Il a ajouté que l’hydroélectricité était une source d’énergie plus verte qui pourrait aussi aider les Américains à diminuer leur dépendance aux sources d’énergie non renouvelables comme les combustibles fossiles. «À part Hydro-Québec, il n’y a pas grand monde qui est capable de présenter une offre à la Nouvelle-Angleterre quant à la quantité d’énergie nécessaire, à la fiabilité, au caractère également de la provenance verte, ou ‘non carbone’, de l’énergie», a-t-il dit.

«La concurrence est là, mais la demande en hydroélectricité est croissante», a plaidé de son côté le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Paul Davis, qui mise sur une entente à long terme pour l’énergie qui serait produite à Gull Island.

M. Couillard a admis que la demande serait amplement suffisante pour satisfaire tous les joueurs, et il a laissé entendre que les deux provinces pourraient maintenant arrêter de payer des honoraires d’avocats et régler à l’amiable leurs vieux conflits.

Une demande croissante

Le gouverneur du Connecticut, Dannel Malloy, avait affirmé plus tôt que sa région devait trouver de l’électricité à bon marché tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre, et que les États de la Nouvelle-Angleterre sont impatients de faire affaire avec les producteurs canadiens. M. Malloy a rappelé que les gazoducs n’avaient pu suffire à la demande accrue pendant les pointes hivernales de froid, et que cette situation avait coûté des milliards de dollars à la Nouvelle-Angleterre en achat d’électricité sur les «marchés au comptant», pour livraison immédiate.

Le gouverneur du Massachusetts, qui représente de loin le plus important marché, a rencontré séparément M. Couillard et devait avoir un tête-à-tête plus tard lundi avec le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador. Charlie Baker a lui aussi soutenu que l’hydroélectricité canadienne pourrait faire baisser le bilan carbone de son État. «Nous croyons qu’un bon accord concernant l’hydroélectricité du Canada pourrait nous faciliter les choses dans ce domaine», a estimé le gouverneur.

Le premier ministre du Québec et le gouverneur du Vermont, Peter Shumlin, ont par ailleurs fait adopter une résolution qui identifie la gare Centrale de Montréal comme «projet à prioriser» par les autorités fédérales canadiennes et américaines pour le «prédédouanement» et le dédouanement des passagers au point de départ — comme on le fait maintenant à l’aéroport Montréal-Trudeau.

En vertu d’un accord de «précontrôle» signé en mars dernier par les gouvernements américain et canadien, les passagers des trains à destination des États-Unis pourront passer éventuellement les douanes américaines à leur départ, en sol canadien, ce qui éliminerait un arrêt du convoi ferroviaire à la frontière, pour le contrôle des voyageurs.

Créée en 1973, la conférence réunit les gouverneurs des six États de la Nouvelle-Angleterre — le Connecticut, le Maine, le Massachusetts, le New Hampshire, le Rhode Island et le Vermont — ainsi que les premiers ministres du Québec, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador. La 40e conférence se déroulera en 2016 au Massachusetts.