Procès de Magnotta: les jurés entendent les détails de l’arrestation à Berlin

MONTRÉAL – La cavale européenne de Luka Rocco Magnotta s’est terminée abruptement en juin 2012 dans un café Internet de Berlin, lorsqu’il a admis lui-même être celui que les autorités recherchaient, ont appris mardi les jurés à son procès pour meurtre.

Il a toutefois d’abord tenté de cacher son identité au policier allemand qui l’avait interpellé. Il leur a dit qu’il s’appelait Kirk Trammell, qu’il était un touriste de New York et qu’il n’avait aucun papier d’identité sur lui, a raconté l’agent Marc Lilge, dans un témoignage enregistré en Allemagne l’été dernier. Le policier-patrouilleur, accompagné de collègues, a continué à le questionner, alors que Magnotta bégayait, tremblait et suait à grosses gouttes. Après quelques minutes de ce manège, il a finalement avoué qui il était.

«Vous m’avez eu: je suis M. Magnotta, je suis l’homme que vous recherchez», a admis l’accusé, selon le témoin.

Magnotta est notamment accusé de meurtre prémédité et d’outrage à un cadavre en lien avec la mort et le démembrement de Jun Lin en mai 2012. Il aurait également harcelé criminellement le premier ministre Stephen Harper et d’autres députés, en plus de produire et de diffuser du matériel obscène et indécent. Il a admis avoir tué l’étudiant chinois en génie, mais il a plaidé non coupable en invoquant l’aliénation mentale.

Marc Lilge a raconté avoir passé les menottes à Magnotta dès qu’il a avoué son identité. Ses derniers mots ont été qu’il voulait quitter la scène avant l’arrivée des médias. «Je pense qu’il était soulagé, en quelque sorte, parce qu’il souriait» dans la voiture, en route vers le centre de détention, a dit le policier.

L’agent Lilge a été l’un des derniers témoins de la Couronne entendus mardi. Ces témoignages ont été enregistrés en juin et juillet dernier, en France et en Allemagne.

Ses pommettes saillantes

Le premier témoin entendu mardi, l’employé du café Internet de Berlin, a affirmé qu’il avait vu Magnotta lire des articles le concernant le 4 juin 2012. Il a ajouté qu’il l’avait reconnu en raison de ses pommettes saillantes, un trait distinctif qu’il avait remarqué en regardant une photographie dans un journal allemand.

Kadir Anlayisli a indiqué qu’il avait marché près de lui quelques fois afin d’en être certain, et qu’il avait remarqué qu’il lisait des nouvelles. M. Anlayisli avait lu que son téléphone cellulaire avait été localisé en France. «Je l’ai reconnu tout de suite à cause de ses pommettes. Il a d’étranges pommettes», a-t-il témoigné. Il a alors contacté la police, qui a procédé à l’arrestation de Magnotta dans le café, avant même qu’il ait payé sa note.

Un policier enquêteur allemand, Alexander Huebner, a dit qu’il avait tenté de parler, quelques heures après l’arrestation, avec Magnotta, qui demeurait muet et semblait très calme. «Je me souviens qu’il ne montrait aucune émotion», a-t-il raconté.

Contre-interrogé par l’avocat de la défense, Luc Leclair, M. Huebner a dit qu’il ne se souvenait pas si Magnotta avait pu contacter un avocat.

Marc Lilge avait dit à l’accusé qu’il avait droit à un avocat, mais pas qu’il pouvait réclamer de l’aide consulaire.

Après ces derniers témoignages de la Couronne, mardi, le juge Guy Cournoyer a expliqué aux jurés que les audiences étaient suspendues jusqu’à vendredi, le temps que les parties examinent des déclarations sous serment. Le juge a précisé que ce délai est tout à fait normal lors de procès de cette ampleur.

La Couronne aura présenté pas moins de 48 témoins depuis l’ouverture du procès, le 29 septembre. L’avocat de Magnotta devrait commencer à présenter sa preuve vendredi.

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