Procès Magnotta: témoignage d’un journaliste britannique qui l’avait interviewé

MONTRÉAL – Au procès de Luka Rocco Magnotta, mardi matin, un journaliste britannique est venu raconter qu’après avoir réalisé une entrevue avec le Canadien cinq mois avant le meurtre, il avait reçu un courriel qui laissait entendre que l’accusé voulait, dans un proche avenir, tuer quelqu’un et filmer la scène.

Alex West, journaliste au tabloïd Sun de Londres, avait réalisé en décembre 2011 une entrevue avec Magnotta concernant les allégations selon lesquelles l’accusé avait publié en ligne des vidéos de chats tués. Les jurés au procès ont pu entendre mardi matin un enregistrement, réalisé à l’insu de Magnotta, de cette entrevue d’une trentaine de minutes.

Ce témoignage est crucial pour la Couronne, qui veut démontrer que Magnotta avait bel et bien prémédité — et jusqu’à six mois auparavant — le meurtre de l’étudiant chinois Jun Lin en mai 2012 à Montréal. Magnotta a plaidé non coupable aux cinq accusations qui pèsent contre lui, dont celle de meurtre prémédité, mais il a admis les gestes qui lui sont reprochés. Son avocat tentera de plaider l’aliénation mentale.

M. West, qui témoignait mardi par vidéoconférence, à partir du haut-commissariat du Canada à Londres, a indiqué qu’un an avant de rencontrer Magnotta, son journal avait publié un article sur un tueur anonyme de chats. Le journaliste avait reçu une information concernant Magnotta, qu’il ne connaissait pas. Mais quelques clics sur internet lui ont permis de consulter de nombreuses pages qui étaient liées au Montréalais d’origine ontarienne.

Pendant l’entrevue réalisée dans un pub de Londres, Magnotta a nié à plusieurs reprises avoir tué des chats et publié en ligne des vidéos sur le sujet. Il demeurait sur ses gardes mais était assez sûr de lui — et même un peu frondeur, a estimé mardi M. West.

Magnotta a aussi démenti la rumeur voulant qu’il entretienne une relation amoureuse avec Karla Homolka, reconnue coupable du meurtre d’une adolescente. Il a d’ailleurs confié au journaliste qu’il s’était plaint aux policiers pour avoir reçu 500 menaces de mort dans la dernière année.

«Je n’ai rien à voir avec cela. Je suis innocent», avait-il affirmé, ajoutant qu’il voulait être laissé en paix.

Finalement, l’entrevue n’a donné lieu à aucun article dans le Sun, a-t-il dit.

Mais deux jours après l’entrevue, le reporter et son journal ont reçu un courriel qui provenait, selon eux, de Magnotta. «La prochaine fois que vous entendrez parler de moi, ce sera dans mon film, qui mettra en scène des humains, pas juste des chattes. :),» pouvait-on lire dans ce courriel, bourré de fautes, envoyé le 10 décembre 2011.

L’auteur propose au journal de lui envoyer une copie de sa prochaine vidéo, en écrivant: «Voyez-vous, avec le meurtre — contrairement à la cigarette, on ne peut pas s’arrêter. Une fois que vous avez tué, et essayé le goût du sang, il est impossible d’arrêter. Le besoin est trop puissant.» Dans cette déclaration, Magnotta se serait inspiré d’une réplique du film «Basic Instinct», sorti en 1992.

Le courriel était signé par un certain «John Kilbride». Or, M. West a expliqué à la cour, mardi, que John Kilbride était l’une des victimes des tueurs en série Ian Brady et Myra Hindley, qui avaient fait les manchettes en Angleterre au milieu des années 1960, et qui sont maintenant entrés, a-t-il dit, dans le «folklore criminel britannique». Le reporter et son journal ont conclu que le courriel provenait probablement de Magnotta, et ils ont décidé alors d’alerter la police.

Les avocats se sont entendus pour reprendre le procès jeudi.

La Couronne pourrait terminer sa présentation la semaine prochaine, selon le juge Guy Cournoyer.

Magnotta fait face à cinq accusations: meurtre prémédité, outrage à un cadavre, harcèlement criminel du premier ministre Stephen Harper et d’autres députés fédéraux, production de matériel obscène, et utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène.

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