Projet de loi 20: la présidente du CSF nie tout conflit d’intérêts

QUÉBEC – La présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne, réfute les allégations de conflit d’intérêts qui pèsent contre elle en raison de son appui au projet de loi 20 du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Le quotidien Le Devoir rapporte dans son édition de vendredi que la soeur de la présidente du CSF, la Dre Geneviève Dechêne, a travaillé avec l’équipe du ministre Barrette pour établir les quotas de patients qui seront imposés aux médecins si le projet de loi 20 est adopté.

Des documents obtenus par le journal révèlent que la Dre Dechêne a eu au moins une rencontre d’une heure et demie avec le ministre pour discuter des quotas. M. Barrette a aussi visité le CLSC de Verdun, où la Dre Dechêne pratique la médecine.

La situation inquiète des membres du conseil d’administration du CSF qui évoquent une «apparence de conflit d’intérêts».

Mais la principale intéressée rejette du revers de la main ces allégations.

«Je réfute avec vigueur l’idée qu’il y a conflit d’intérêts», affirme Mme Miville-Dechêne vendredi dans un communiqué, ajoutant qu’elle n’a jamais caché qu’elle avait une soeur médecin, spécialiste des soins palliatifs.

«Ma soeur n’est pas une lobbyiste défendant des intérêts privés. Elle ne s’est jamais prononcée sur le projet de loi 20. Depuis des années, elle est présente dans les médias et les débats sur la pratique de soins à domicile. (…) Dans ses efforts pour les malades à domicile, elle a obtenu au fil des années des rendez-vous avec de nombreux hauts fonctionnaires et, dans les dernières années, avec le ministre Réjean Hébert, puis avec l’actuel ministre, Gaétan Barrette», précise-t-elle.

Mme Miville-Dechêne ajoute qu’à titre de présidente du Conseil du statut de la femme, il est de sa responsabilité de prendre la défense «des femmes utilisatrices du système de santé».

«Je ne m’empêcherai pas de le faire parce que j’ai une soeur médecin qui, par ailleurs, est active pour défendre une pratique bien précise, celle des soins palliatifs à domicile. Les intérêts que j’ai défendus au nom du Conseil sont ceux des patients qui souffrent du manque d’accès aux soins, des femmes en majorité. Ce sont elles qui pourront tirer avantage d’un meilleur accès aux soins. Pas moi ni ma soeur», fait-elle valoir.

Mme Miville-Dechêne a déchaîné les passions au sein du CSF depuis qu’elle a pris position, le 26 février, en faveur de pénalités salariales aux médecins qui n’atteindraient pas les quotas de patients demandés.

Entre les femmes médecins pénalisées par le projet de loi 20 et celles, plus vulnérables et nombreuses, qui ont besoin d’un meilleur accès aux services de première ligne, la présidente du CSF a choisi ces dernières.

La décision de Mme Miville-Dechêne a été décriée par des membres du conseil d’administration de l’organisme qui soutiennent ne pas avoir été consultées avant la présentation du mémoire du CSF en commission parlementaire.

Dénonçant un «retour en arrière» pour la cause des femmes, l’avocate Julie Latour a claqué la porte du CSF il y a une semaine, furieuse de l’appui de Mme Miville-Dechêne au projet de loi 20.