Projet fédéral de légaliser le cannabis: l’inquiétude monte d’un cran à Québec

QUÉBEC – La légalisation du cannabis prônée par les libéraux de Justin Trudeau à Ottawa sème le malaise et l’inquiétude à Québec.

En marge de la rencontre hebdomadaire du cabinet Couillard, mercredi, certains ministres n’ont pas caché leur réticence à voir le «pot» légalisé au pays à court terme.

Sans rejeter l’idée catégoriquement, le gouvernement Couillard émet de sérieuses réserves et a hâte de pouvoir connaître le détail du projet dans les cartons du futur gouvernement Trudeau pour y voir plus clair.

La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a fait valoir qu’il s’agissait là d’une question sérieuse de sécurité publique, et que c’était cette dimension qui devait primer sur toutes les autres dans ce dossier.

Elle s’est montrée inquiète, persuadée que bien des gens partageaient son appréhension. «Il faut être inquiet, définitivement», a-t-elle commenté en point de presse, car «ça peut vraiment indisposer beaucoup de personnes, moi la première».

Elle a dit que lorsqu’elle pourrait prendre connaissance d’un éventuel projet de loi du gouvernement fédéral sur le sujet, elle verrait à ce que les questions de sécurité publique y «soient bien traitées».

Elle-même a dit n’avoir jamais consommé de marijuana, préférant les «soupers entre amis avec une bonne bouteille de vin» et les voyages dans le sud pour s’évader du quotidien.

Interpellé sur le même sujet, le ministre des Finances, Carlos Leitao, s’est montré mieux disposé, se remémorant ses années de jeunesse, sourire en coin. «On a tous eu 18 ans!», a-t-il répondu aux journalistes qui cherchaient à savoir s’il avait consommé la mari. «Ça ramène des souvenirs!», a-t-il ajouté, sans trop vouloir s’étendre sur la possibilité que Québec puisse voir dans la légalisation du «pot» un produit taxable constituant une nouvelle source de revenus pour l’État.

Il a donné l’exemple de l’État américain du Colorado, qui a légalisé le cannabis l’an dernier. Or, la perception de revenus tirés de ce commerce est semée d’«embûches», selon lui. Le Colorado, «n’est pas un exemple à suivre», a-t-il tranché.

Les libéraux du premier ministre fédéral désigné Justin Trudeau ont inscrit dans leur programme le projet de légaliser le cannabis, dans le but de rendre la drogue moins accessible aux jeunes et d’empêcher les groupes criminels d’en faire le commerce.

Durant la campagne électorale, le chef libéral avait aussi dit que s’il prenait le pouvoir les provinces, voire les municipalités, seraient mises à contribution pour contrôler la distribution et la vente du cannabis.

Visiblement mal à l’aise, la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a dit que le gouvernement Couillard adopterait en temps et lieu une position sur le sujet, fondée «sur des bases scientifiques».

Cette position gouvernementale sera prise «dans une perspective de santé publique, pour protéger la population», a-t-elle indiqué, sans vouloir dire si elle-même avait déjà consommé la drogue controversée.

«Mes plaisirs m’appartiennent», a dit Mme Charlebois, laconique, en tournant les talons.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n’a pas caché qu’il n’avait jamais touché un joint: «Je n’ai jamais fumé de ma vie. J’ai la chance de ne pas tolérer très bien la fumée, de quelque nature que ce soit.»

Le ministre de l’Éducation, François Blais, a dit ne pas craindre de voir les cours d’écoles se transformer en points de vente de joints aux enfants, au lendemain d’une légalisation du produit. «Il y a beaucoup de fils à attacher sur cette question-là pour le nouveau gouvernement», a commenté le ministre, disant personnellement préférer «les plaisirs intellectuels» à ceux associés à la fumée illégale.

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a déjà affirmé avoir tâté des plaisirs de la marijuana dans le passé. Mercredi, il était avare de commentaires sur la position de son parti sur le sujet. Il a dit que le PQ devait prendre «le temps d’en discuter».

À l’opposé, un de ses députés, Jean-François Lisée, porte-parole sur les enjeux de services sociaux, ne s’est pas fait prier pour affirmer qu’il était personnellement favorable, et depuis longtemps, à l’idée de légaliser l’usage du cannabis.

Reprenant l’exemple du Colorado, il a dit trouver que le Québec était sur ce plan «un petit peu en retard». Le gouvernement devrait selon lui contrôler la vente du produit et le taxer pour en retirer des revenus.

M. Lisée propose aussi de «revenir au «pot» des années 70», moins nocif et bien moins concentré en ingrédient actif.

Au contraire, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a dit rejeter l’idée de légaliser la vente de marijuana, un produit qu’il n’a jamais touché de sa vie.