Québec dévoile un plan d’action de 12,7 millions $ pour soutenir le livre

MONTRÉAL – Québec a dévoilé vendredi son Plan d’action sur le livre, dont l’objectif est de soutenir l’édition, la distribution et la diffusion des ouvrages écrits.

Le plan, dévoilé à Sherbrooke par la ministre de la Culture, Hélène David, est soutenu par une enveloppe de 12,7 millions $ sur deux ans.

Cette somme s’ajoute aux quelque 10 millions $ sur une base annuelle en aide fiscale aux éditeurs, consentie dans le dernier budget du ministre des Finances, Carlos Leitao.

«C’est un beau cocktail de bonnes nouvelles», a indiqué le directeur général de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), Richard Prieur, en entrevue avec La Presse Canadienne.

«C’est très rare que les gens du livre au Québec, qui est quand même l’industrie numéro un dans les industries culturelles, reçoivent autant d’attention de la part de leur gouvernement», a-t-il ajouté.

L’accueil des mesures était tout aussi positif du côté de l’Union des écrivains et de l’Association des libraires du Québec, bien que tous réclamaient aussi une réglementation pour empêcher les grandes surfaces de vendre à rabais les best-sellers.

«Les ventes de livres dans les grandes surfaces sont en baisse, a toutefois précisé M. Prieur. Donc, peut-être que les mesures qu’on met en place aujourd’hui vont être encore plus utiles qu’une réglementation. On le verra à l’usage.»

Le plan d’action, élaboré en consultation avec le milieu québécois du livre, propose une douzaine de mesures qui viendront appuyer les librairies agréées, les auteurs, les éditeurs et les bibliothèques publiques.

La désignation de librairie agréée vise toutes les librairies et chaînes de propriété québécoise et qui, de ce fait, sont les fournisseurs exclusifs des institutions telles que les bibliothèques publiques, les établissements d’enseignement et les organismes gouvernementaux, notamment.

Celles-ci recevront un soutien pour l’informatisation de leur gestion et de leurs inventaires et bibliographies, ainsi que pour le regroupement de certaines activités, a précisé la ministre David à La Presse Canadienne.

«C’est pour que les librairies apprennent à travailler plus ensemble, moins en silo, à faire des regroupements d’achats collectifs, de la technologie, des campagnes de promotion», a-t-elle dit.

«Les gens ont une fibre sensible sur la question de la lecture et du livre, mais encore faut-il leur rappeler qu’il y a des librairies agréées et que c’est le meilleur endroit où aller acheter des livres», a ajouté Mme David.

Une part des sommes sera aussi consacrée à faire venir des écrivains québécois dans les librairies agréées.

«C’est facile pour nous de dire: il faudrait qu’ils se promènent en région, qu’ils fassent de la promotion, mais ils n’ont pas d’argent pour faire ça, les éditeurs n’ont pas d’argent, les librairies n’ont pas d’argent pour les inviter. Là, on met de l’argent pour les tournées, pour que l’auteur lui-même puisse faire sa promotion», a fait valoir la ministre.

«Des mesures comme celles-ci viennent compenser un peu en donnant un certain avantage financier et en matière de promotion à la librairie», a noté Richard Prieur.

«En plus, certaines mesures vont soulager les librairies qui doivent tenir des inventaires incroyables pour répondre à la demande des bibliothèques entre autres», a ajouté le représentant des éditeurs.

Du côté des bibliothèques publiques, près de 4 millions $ iront à l’achat de livres imprimés et numériques et d’autres sommes sont prévues pour l’organisation d’ateliers d’écriture, de concours littéraires et de clubs de lecture.

De plus, un groupe de travail dirigé par l’ancien ministre Denis Vaugeois sera chargé de se pencher sur d’éventuelles modifications réglementaires et législatives touchant les inventaires des librairies, la définition des librairies agréées spécialisées et les ententes liant les librairies et le marché institutionnel pour le livre numérique.

Richard Prieur note, à ce sujet, que l’inquiétude est très grande par rapport aux pratiques du milieu de l’éducation.

«Dans le milieu scolaire, de plus en plus, on veut prendre un virage numérique pour jouer la carte de la gratuité, sans grand respect du droit d’auteur ou des redevances à payer, etc. Ça fait très mal», dit-il.

Il souligne que le nombre de nouveaux titres est en croissance constante alors que le nombre de lecteurs, lui, demeure limité et que les ventes de livres sont en baisse. Mais, bien que cela complique la vie de tous les acteurs sur le plan financier, il affronte le problème avec le regard d’un amant de la lecture: «Comme me l’a déjà dit un éditeur: j’aime autant vivre dans une société où il y a trop de livres qui se publient, que dans une société où il n’y en a pas assez».

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