Québec va tenir compte du rapport ontarien très critique sur Énergie Est

MONTRÉAL – Le gouvernement du Québec va tenir compte du rapport de la Commission de l’énergie de l’Ontario sur le projet Énergie Est de TransCanada, dévoilé jeudi, qui se montre très critique à l’endroit du projet d’oléoduc.

Ce rapport conclut que le projet Énergie Est comporte plus de risques environnementaux et économiques que de bénéfices pour les Ontariens et qu’en plus, il ferait augmenter le prix du gaz naturel dans cette province.

Interrogé à ce sujet vendredi, alors qu’il participait à une conférence de presse sur un autre thème, le ministre du Développement durable et de l’Environnement, David Heurtel, a indiqué que bien que le Québec comptait faire sa propre analyse du projet, il ne pouvait faire autrement que de tenir compte du rapport ontarien très critique sur le même projet.

«C’est sûr qu’on va prendre en considération le rapport ontarien, mais le rapport ontarien s’est penché sur la réalité ontarienne. C’est sûr qu’il va être pris en considération; c’est sûr que le Québec va prendre en considération cette analyse et toutes les analyses qui sont faites par rapport à ce projet. C’est une analyse importante et c’est une analyse sérieuse», a commenté le ministre Heurtel en entrevue.

«Il faut qu’il y ait une démonstration des avantages économiques du projet. Là, ce qu’on voit avec le rapport du côté ontarien, c’est que cette démonstration-là n’est pas véritablement faite et que quand on regarde du côté d’une analyse coûts-bénéfices, selon ce rapport c’est boiteux», a souligné le ministre de l’Environnement.

Néanmoins, Québec va prendre le temps de faire sa propre analyse du projet d’oléoduc aux plans environnemental, économique et de la sécurité des personnes. «Et il va falloir que TransCanada fasse la démonstration que c’est un bon projet pour le Québec. Et si ça ne l’est pas, et bien on ne pourra pas aller de l’avant», a prévenu le ministre Heurtel.

Interrogé après la même conférence de presse, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a toutefois soutenu que la situation était différente au Québec et en Ontario, puisqu’au Québec, il s’agirait d’un oléoduc neuf, à construire, alors qu’en Ontario, il s’agirait d’une conversion d’un réseau existant.

En Ontario, «ce sont des pipelines qui existent déjà, donc l’élément de sécurité est plus important, parce que les pipelines sont là et ont un certain âge, d’une part. D’autre part, au Québec, dans le cas d’Énergie Est, je pense que la problématique est plus par rapport au tracé, au départ, plutôt qu’au pipeline, parce que le pipeline va être neuf. La situation est un peu différente», a objecté le ministre Arcand.

Il a rappelé que Québec ne disposait toujours pas du projet final de TransCanada. De plus, une inconnue demeure: l’entente qui devra être conclue entre TransCanada et le distributeur québécois Gaz Métro.

«Moi, je ne vois pas comment on pourrait dans ce dossier-là favoriser Énergie Est s’il n’y a pas à tout le moins, au départ, une entente entre Gaz Métro et TransCanada sur ces questions-là. Je pense que cette entente-là m’apparaît très importante actuellement, avant même qu’on puisse discuter du reste. Le Québec aura une position qui est basée sur cette condition», a averti le ministre Arcand.

Quant au directeur principal du groupe écologiste Équiterre, Steven Guilbeault, il s’est dit encouragé de voir que la commission ontarienne aussi se soit inquiétée des répercussions sur les rivières, les lacs et l’eau potable, en plus des questions économiques, comme les retombées, les emplois et le prix du gaz naturel.

Selon M. Guilbeault, le rapport très critique de la Commission de l’énergie de l’Ontario démontre que le projet Énergie Est est rendu à bout de souffle.

«La Commission de l’énergie de l’Ontario dit: « pour l’Ontario, ce projet-là, ce n’est pas bon du point de vue économique; ce n’est pas bon du point de vue social; ce n’est pas bon d’un point de vue environnemental. Et ça fait augmenter le prix du gaz. » Et ce qui est vrai pour l’Ontario l’est tout autant pour le Québec. Alors moi, je pense qu’on assiste aux derniers miles du projet Énergie Est», a opiné M. Guilbeault.