Rejet des eaux usées dans le fleuve à Montréal: Ottawa demande de suspendre

MONTRÉAL – La ministre fédérale de l’Environnement, Leona Aglukkaq, demande à la Ville de Montréal de suspendre son projet de rejeter dans le fleuve Saint-Laurent huit milliards de litres d’eaux usées, le temps de voir si d’autres options ne pourraient pas être plus acceptables au plan environnemental.

Et le maire Denis Coderre s’est dit prêt à fournir les preuves et les documents qu’il lui faudra, mais il donne une date limite pour cette évaluation fédérale: d’ici trois jours.

C’est le ministre Denis Lebel, lieutenant du gouvernement Harper pour le Québec, qui a rapporté les propos de sa collègue de l’Environnement, depuis Saguenay.

«J’ai demandé à Environnement Canada d’explorer différentes options qui permettraient de prévenir ce déversement pendant que nous recueillons plus d’information sur les conséquences environnementales des plans élaborés par la Ville de Montréal. Je demande au maire (de Montréal Denis) Coderre d’interrompre l’exécution de ses plans pendant la tenue d’une évaluation en bonne et due forme», a fait savoir la ministre Aglukkaq.

Montréal projette de rejeter ses eaux usées du 18 au 25 octobre, dans le cadre d’un plan pour déplacer une chute à neige située sous l’autoroute Bonaventure. Il lui faudra alors fermer complètement un collecteur d’égouts, un intercepteur, pendant une semaine.

Le maire de Montréal a reproché au gouvernement conservateur sortant de vouloir «gagner des petits points politiques» avec cette question purement environnementale. «Et moi, je n’embarque pas là-dedans», a-t-il tonné, visiblement irrité, au cours d’un point de presse en fin d’après-midi.

Il a soutenu qu’Environnement Canada était au courant de la demande de Montréal depuis septembre 2014. Il trouve curieux que ce ne soit qu’aujourd’hui que soit formulée une demande d’étudier plus à fond le dossier.

Malgré tout, le maire Coderre s’est dit prêt à collaborer, à fournir les preuves requises. «Je vous donne trois jours», a-t-il lancé, invitant les représentants du gouvernement fédéral à venir à Montréal.

Selon lui, le temps presse. «Plus on attend; plus il peut y avoir des bris» dans ce réseau usé. Il a répété que les autres options, comme les voies de contournement, avaient été évaluées et que leur coût atteignait 1 milliard $.

Il a souligné le fait que certaines municipalités n’ont même pas d’usine d’épuration et qu’il se trouverait «90 milliards d’eaux non traitées» dans les Grands Lacs, sans que personne n’ait à redire à ce sujet.

La ministre Aglukkaq a rappelé qu’en vertu de la Loi sur les pêches, il est interdit «d’immerger ou de rejeter une substance nocive dans des eaux où vivent des poissons».

Elle a rappelé que le fleuve Saint-Laurent reste une des voies navigables les plus importantes du Canada, en plus d’être l’habitat de plusieurs espèces de baleines et poissons et de fournir de l’eau potable à des millions de Canadiens. Et le fleuve sert aussi à des fins récréatives.

Depuis que le projet a été ébruité, une pétition d’opposants circule. Elle a recueilli 70 000 noms en quelques jours seulement.

Réactions

En campagne électorale, les chefs de partis n’ont pas tardé à réagir.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, s’est montré le plus cinglant, affirmant carrément qu’il ne permettrait pas à la Ville de Montréal d’agir ainsi.

«L’idée qu’en 2015, on va lâcher des milliards de litres d’eaux usées, crues, dans le Saint-Laurent et dans ses écosystèmes, c’est tellement saugrenu que c’est évident qu’un gouvernement du NPD ne le permettrait pas», a-t-il lancé, au cours d’une rencontre avec la presse.

Le maire Coderre a d’ailleurs reproché à M. Mulcair d’avoir fait cette sortie «pour qu’on ne parle plus de niqab» _ le talon d’Achille du NPD qui l’a fait dégringoler dans les sondages.

À son tour, le chef libéral Justin Trudeau a commenté la controverse, mais sans s’engager dans un sens ou dans l’autre. Cela démontre «à quel point c’est important qu’on ait un gouvernement fédéral qui serait un meilleur partenaire pour nos municipalités», a-t-il commenté.

Il a dit comprendre l’inquiétude des citoyens à ce sujet. «C’est préoccupant qu’on soit rendu à ce point-là avec nos infrastructures», a-t-il ajouté.

Il a aussi soutenu que Montréal était placée devant «un choix impossible à faire».

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