Rob Ford est la personnalité ayant le plus marqué l’actualité en 2013

TORONTO – Peu de gens auraient pu prédire que le Canada se retrouverait sous les projecteurs à l’échelle internationale grâce à un maire qui consomme du crack lorsqu’il se trouve en état de stupeur éthylique et qui emploie des termes sexuellement explicites en direct à la télévision.

Pendant des semaines, Rob Ford a nourri à lui seul les fils d’actualité. Il a réagi à chaque nouvelle vague d’allégations avec des répliques loufoques, des gaffes monumentales ou encore des excuses à répétition.

Pour toutes ces raisons, le controversé maire de Toronto est la personnalité ayant le plus marqué l’actualité au Canada en 2013, a conclu une majorité des directeurs de l’information et rédacteurs en chef des médias clients de La Presse Canadienne.

M. Ford a récolté 63 pour cent des votes du sondage pancanadien annuel réalisé par l’agence de presse, dont les résultats ont été compilés à la mi-décembre.

Certains des répondants ont plaidé qu’ils auraient voulu arrêter leur choix sur l’astronaute canadien Chris Hadfield, qui est arrivé en deuxième position avec un score de 15 pour cent.

Mais le maire de Toronto était simplement incontournable dans cette catégorie, ont indiqué dans leurs commentaires la plupart des personnes interrogées.

«Nous avons adoré qu’Alice Munro remporte le prix Nobel. Nous avons été surpris lorsque Christy Clark a gagné les élections en Colombie-Britannique. Theresa Spence a définitivement provoqué des remous, tout comme Nigel Wright au cabinet du premier ministre», a écrit Adrienne Tanner, rédactrice en chef adjointe au Sun de Vancouver.

«Mais personne n’est parvenu à surpasser les bourdes commises par Rob Ford au cours de la dernière année, qui sont passées de ridicules à lamentables. Il est sans contredit le gagnant comme personnalité médiatique de l’année. Personne ne lui arrive à la cheville», a-t-elle poursuivi.

De sérieuses allégations sont au coeur des événements controversés impliquant directement ou indirectement le maire de Toronto.

Ses réactions spontanées — souvent explosives — et son attitude parfois belliqueuse ont contribué à alimenter les scandales dans lesquels ils s’est retrouvé plongé.

Lorsque Rob Ford a mis fin à des mois de déni en admettant qu’il avait fumé du crack, il a justifié ses actions en plaidant qu’il se trouvait dans un état de «stupeur éthylique» lorsqu’il a consommé cette substance.

Ensuite, il a répondu aux allégations de harcèlement sexuel formulées par une ancienne employée en y allant de remarques grossières en direct à la télévision. Il a expliqué n’avoir jamais demandé à la femme en question si elle voulait avoir une relation sexuelle orale avec lui, prétextant qu’il avait «amplement de quoi manger à la maison».

La tempête Ford a également déferlé dans la salle du conseil municipal. Lors d’une séance particulièrement houleuse, qui visait à le dépouiller de certains de ses pouvoirs de maire, il a invectivé des citoyens et bousculé une conseillère municipale.

Il a réagi aux résultats du vote avec le même aplomb, comparant la décision du conseil municipal à l’invasion du Koweït.

Mais ce sont surtout les médias américains, dont l’appétit pour cette saga semblait insatiable, qui ont véritablement fait de Rob Ford une personnalité d’envergure internationale.

«Demandez simplement à David Letterman, Jay Leno, Jon Stewart, Stephen Colbert, Seth Meyers, Conan O’Brien, Jimmy Kimmel, Jimmy Fallon, etc», a résumé Scott Metcalfe, directeur de l’information à la station radiophonique torontoise 680News, pour expliquer son verdict.

Rob Ford n’en était pas à ses premières frasques. Dans le passé, il a été aperçu en train de lire des documents ou de parler au cellulaire alors qu’il était au volant de sa voiture. De plus, au cours des dernières années, les policiers sont intervenus au domicile des Ford pour des incidents.

Mais cette année, le maire s’est retrouvé au coeur d’une vaste enquête policière s’étant échelonnée sur plusieurs mois. Les éléments qui se dégagent de la série de documents, dont les allégations n’ont pas été prouvées en cours, sont pour le moins incroyables.

Grâce à des écoutes téléphoniques, les enquêteurs ont intercepté des discussions entourant des livraisons de stupéfiants au domicile du maire et des tentatives d’extorsion visant à récupérer une vidéo.

Dans une conversation datant du 27 mars, deux hommes discutent de la possibilité de vendre une vidéo et rapportent que M. Ford leur a dit: «Je vais vous donner 5000 $ et une auto». Les enquêteurs croient que des images montrant Rob Ford consommer du crack auraient été captées en février.

L’histoire est donc vraisemblablement loin d’être terminée, comme l’a fait remarquer l’un des répondants du sondage.

«Pour toutes sortes de mauvaises raisons, Rob Ford aura marqué l’année 2013. Et, s’il maintient sa promesse, il risque fort de remporter la mise en 2014 aussi», a souligné Pierre Champoux, directeur de l’information à Radio-Canada.ca.

Le chef de cabinet et le porte-parole du maire n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue de La Presse Canadienne.

Depuis que La Presse Canadienne a réalisé son premier coup de sonde pancanadien, en 1946, les politiciens ont largement dominé la liste des personnalités ayant le plus marqué l’actualité.

Cette année, une autre mairesse s’est retrouvée dans le haut du palmarès, mais pour des raisons bien différentes que son homologue à Toronto.

La mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche, est arrivée en troisième position avec sept pour cent des votes, ex aequo avec le trio de sénateurs composé de Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau.

«Vivre un drame tel que celui de Lac-Mégantic, faire face dans l’urgence à une situation inimaginable, avoir ensuite à rassurer ses citoyens ET rebâtir une ville, tenir le fort jour après jour depuis des mois et le faire sans défaillir, en gardant le respect de tous, voilà ce qu’est du grand leadership, inspirant pour tous les élus d’un bout à l’autre du Canada», a plaidé Josée Boileau, rédactrice en chef du quotidien Le Devoir, pour expliquer son choix.

Les votes des directeurs de l’information et rédacteurs en chef des médias clients de La Presse Canadienne n’ont pas forcément une connotation positive. Au cours des dernières années, le titre de «personnalité médiatique» a été décerné à des meurtriers et à des personnages controversés.

La sélection de Rob Ford, cette année, constitue ainsi un rare mélange entre la politique et la controverse.

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