Sénat: les premiers ministres du Québec et de l’Ontario croisent leurs tirs

QUÉBEC – Les projets néo-démocrate et conservateur pour modifier le Sénat canadien ont été accueillis par des critiques, vendredi, des premiers ministres libéraux du Québec et de l’Ontario.

La première ministre ontarienne Kathleen Wynne a déclaré que l’abolition du Sénat proposée par le chef néo-démocrate Thomas Mulcair est «irréaliste».

Mme Wynne a affirmé qu’elle est sur la même longueur d’ondes que le premier ministre Philippe Couillard, avec qui elle a participé à un conseil des ministres conjoint des deux provinces dans la capitale québécoise.

Selon la première ministre ontarienne, qui fait activement campagne pour le chef libéral Justin Trudeau, la proposition de M. Mulcair ne pourrait pas aller de l’avant sans l’appui des provinces.

«Ce que je trouve intéressant, avec cette proposition, c’est qu’elle est irréaliste, a-t-elle dit. Elle ne tient pas compte de la façon dont il faudrait procéder. Il faudrait une discussion nationale et ce n’est pas réaliste.»

Après avoir répété que l’abolition proposée par M. Mulcair ne serait pas dans l’intérêt du Québec, vendredi, M. Couillard a rappelé que le Sénat est un élément fondamental de la fédération canadienne qui ne peut être modifié sans une conférence constitutionnelle.

«L’abolition de la chambre haute est totalement contraire aux intérêts du Québec et je m’y opposerai toujours», a-t-il dit.

Du même souffle, M. Couillard a également critiqué le moratoire sur les nominations de sénateurs proposé par le chef conservateur Stephen Harper en juillet.

«Je constate que certains chefs fédéraux ont dit qu’ils ne nommeraient plus de sénateurs, ce qui est une façon de faire indirectement ce qui n’est pas permis directement, ce à quoi je m’oppose aussi», a-t-il dit.

En juillet dernier, M. Mulcair a affirmé qu’il demanderait à la population canadienne de lui accorder la mandat d’abolir le Sénat, qui a été frappé par des scandales en raison des dépenses injustifiées et des inconduites sexuelles de certains de ses membres.

De son côté, M. Harper, qui souhaite depuis des années réformer le Sénat, a annoncé son intention de cesser toute nomination à la chambre haute, ce qui mènerait, à terme, à la fin de l’institution.

Vendredi, Mme Wynne a affirmé qu’elle était favorable à une réforme du Sénat mais qu’elle s’oppose à son abolition pure et simple.

Ouvert aux réformes, le Québec a déjà insisté sur l’importance de maintenir une chambre où les régions canadiennes seraient représentées à Ottawa.

En avril 2014, la Cour suprême a statué que l’accord unanime de toutes les provinces est nécessaire pour abolir le Sénat.

Dans la même décision, le plus haut tribunal a conclu que toute réforme devrait recevoir l’appui d’une majorité des provinces représentant au moins 50 pour cent de la population.