Stratégie maritime: réactions généralement favorables, sauf dans l’opposition

MONTRÉAL – La stratégie maritime du gouvernement Couillard a été en général très bien accueillie, plusieurs y voyant au moins un message fort transmis au secteur privé et quant à l’importance de ce secteur de l’activité économique québécoise. Les voix discordantes sont venues principalement des partis d’opposition et des Premières Nations.

Présente au lancement officiel de la stratégie maritime, lundi à Montréal, la présidente de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy, a dit croire que plusieurs régions du Québec pourraient en bénéficier.

«Le fleuve passe dans une grande partie de nos régions; on va voir évidemment quand tout ça va se déployer sur l’ensemble du territoire québécois. Mais c’est clair que quand on pense au tourisme, déjà on le voyait dans les croisièrs, plusieurs régions, comme la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine et le Saguenay, sont présents. Et il va y avoir des investissements encore au niveau des infrastructures pour améliorer. Donc, il y a là des éléments qui sont porteurs», a-t-elle commenté en entrevue.

Le président et chef de la direction du Fonds de solidarité de la FTQ, Gaétan Morin, s’est dit prêt à investir même davantage que les 100 millions $ qui sont attendus du Fonds, si le besoin s’en fait sentir. «Notre volonté, c’est d’investir au moins 100 millions $ et la plus grande nouvelle serait d’en investir davantage dans la stratégie maritime. Ce sera un signe qu’il y a encore plus d’intérêt qu’on a pu se l’imaginer jusqu’à maintenant. Et j’en suis persuadé», a-t-il lancé.

Le Fonds de solidarité a déjà comme partenaires des entreprises de transport comme le Groupe Robert et la Société de terminaux Montréal Gateway «qui auront assurément beaucoup d’intérêt d’être associés à la stratégie maritime», a poursuivi M. Morin.

Du côté des entreprises, l’enthousiasme était évident.

À la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui représente des petites et moyennes entreprises, la porte-parole Martine Hébert était ravie. «C’est un signal intéressant que ça envoie. C’est un projet structurant pour le Québec. On en a besoin à l’heure actuelle au Qubéec. C’est un projet qui mise beaucoup sur le potentiel de plusieurs PME», a-t-elle souligné en entrevue.

À la Fédération des chambres de commerce du Québec, la présidente-directrice générale Françoise Bertrand estime aussi que cette stratégie sera de nature à «insuffler un dynamisme nouveau à l’économie» en profitant du contexte créé par les grands accords commerciaux, notamment. «Cette stratégie prévoit de multiples possibilités de maillages et de partenariats capables de générer des retombées dans plusieurs secteurs d’activités, et ce, partout au Québec», a-t-elle commenté.

Au Conseil du patronat du Québec également, on s’est réjoui. «Le gouvernement envoie un signal fort autour de la relance de l’économie maritime québécoise, en plus de proposer une vision au-delà de 2020 qui positionne le Québec comme un corridor commercial majeur en Amérique du Nord pour accéder aux marchés mondiaux», a commenté sa vice-présidente à la recherche, Norma Kozhaya.

Insatisfaits

Les voix discordantes sont venues des partis d’opposition, de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) et d’au moins un groupe de protection de la nature.

Au cours d’une rencontre avec la presse après les allocutions, la porte-parole péquiste pour ces dossiers, Martine Ouellet, a déploré le fait que l’attitude du gouvernement fédéral demeure une inconnue, alors que les ports relèvent de sa compétence, comme la voie maritime du Saint-Laurent.

«Aujourd’hui, on a de belles paroles mais malheureusement, dans les actions, c’est tout le contraire qu’on observe. Oui, on est d’accord pour du développement économique relié au maritime — je pense qu’il y a beaucoup à faire — mais on est en train de se rendre compte que tant les ports que la voie maritime, si on veut avoir une stratégie maritime complète, cohérente, et bien ça prend l’indépendance du Québec; ça prend les 45 milliards $ qu’on envoie à Ottawa.»

À la Coalition avenir Québec, le leader parlementaire François Bonnardel a qualifié la stratégie maritime de «projet sectoriel qui néglige certaines régions» pour se concentrer uniquement sur la desserte maritime du fleuve Saint-Laurent, contrairement au Projet Saint-Laurent de la CAQ, qui était plus ambitieux, a-t-il affirmé.

«De nombreuses régions sont carrément oubliées. Qu’est-ce que le gouvernement offre en Outaouais, en Beauce, en Abitibi, aux régions qui sont plus éloignées du fleuve?» a objecté M. Bonnardel.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Ghislain Picard, a dit tendre la main au gouvernement du Québec, mais exprime déjà un mécontentement certain face à ses choix.

«Rien n’y fait: stratégie maritime, Plan Nord, projets miniers ayant un impact direct sur les territoires non cédés des Premières Nations. Le gouvernement Couillard refuse de se rendre à l’évidence de réaliser qu’une relation de gouvernement à gouvernement ne se construit pas qu’avec des mots», a critiqué le chef Picard.

«Encore une fois, le gouvernement Couillard choisit d’ignorer les enjeux fondamentaux des Premières Nations que sont la cogestion et la conservation du territoire, la consultation et l’accommodement des Premières Nations et le partage des redevances. Encore une fois, le gouvernement Couillard choisit d’exclure plutôt que d’inclure», ajoute le chef Picard.

La Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec, a déploré le fait qu’au Québec, à peine 1 pour cent du milieu marin soit protégé, alors qu’en 2011, le gouvernement s’était engagé à en protéger 10 pour cent d’ici 2015.

La stratégie maritime qui vient d’être lancée «n’offre aucune garantie que les objectifs seront atteints; il s’agit plutôt d’un recul, puisque la date limite de 2015 a été reportée à 2020», a dénoncé Patrick Nadeau, directeur général de l’organisme.

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