Thériault annonce qu’elle ne fera plus de commentaires à propos des évasions

QUÉBEC – Le premier ministre Philippe Couillard a reconnu vendredi que sa première fin de session parlementaire a été marquée du sceau de la controverse à la suite de la gestion chaotique d’une évasion par hélicoptère.

Sa ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, qui a multiplié les déclarations contradictoires cette semaine, a d’ailleurs annoncé vendredi qu’elle ne fera plus de commentaires à propos de cette spectaculaire évasion survenue la fin de semaine dernière.

En dressant un bilan des quatre premières semaines de travaux parlementaires de son gouvernement, M. Couillard a reconnu que ce dossier a constitué une entrave.

«Ça a ajouté un élément de controverse à la fin de la session, c’est clair», a-t-il dit aux journalistes.

M. Couillard mise sur une enquête interne, confiée à l’ex-sous-ministre à la Justice Michel Bouchard, pour démontrer que le gouvernement était de bonne foi dans la gestion du dossier.

«Lorsque les faits seront connus et lorsque l’enquêteur aura fait son travail et déposera son rapport, on verra que le gouvernement, et Mme Thériault en particulier, mais le gouvernement a toujours agi de bonne foi et dans l’intérêt public», a-t-il dit.

Le rapport de M. Bouchard, dont le mandat lui permettra de remonter jusqu’à la gestion d’une première évasion héliportée alors que les péquistes étaient au pouvoir, en 2013, doit être déposé d’ici au 31 août.

M. Couillard a expliqué que la publication des conclusions pourrait se faire par étapes, de façon à ne pas nuire aux enquêtes policières, aux mesures de sécurité dans les centres de détention ou aux procès qui pourraient être en cours.

«Une fois les enquêtes terminées, le procès terminé, tout ce qui n’aurait pas été rendu public initialement pour ces raisons le sera», a-t-il dit.

Jeudi, Mme Thériault avait exprimé la certitude que des fonctionnaires lui ont menti. Ces mensonges ont compliqué son travail et mené à l’annonce d’une enquête interne pour voir clair dans cette affaire.

En Chambre, le chef intérimaire péquiste Stéphane Bédard a réclamé de nouveau la démission de Mme Thériault, en affirmant qu’un juge entendant le procès des trois évadés l’a contredite à propos d’un assouplissement de leurs conditions de détention.

«Est-ce qu’il va relever la ministre de ses fonctions ou va-t-il garder une ministre qui n’a, de toute évidence, plus aucune crédibilité pour exercer ses importantes fonctions?», a-t-il demandé.

M. Couillard a souligné la détermination de Mme Thériault, envers qui il a renouvelé sa confiance.

«Elle a donc toute la confiance du premier ministre, du gouvernement et de ses collègues de l’Assemblée nationale», a-t-il dit.

La ministre a quant à elle tenu à rassurer la population.

«Je tiens à rassurer les gens qui nous écoutent: j’assume mes fonctions avec beaucoup de rigueur», a-t-elle dit en Chambre.

Mme Thériault a néanmoins précisé qu’elle ne commentera plus le dossier des évasions.

«Je pense qu’il est sage de ma part d’adopter cette attitude-là, a-t-elle dit. Et vous comprendrez que mes réponses seront dorénavant vraiment très limitées. Mais j’ai bien hâte qu’on fasse toute la lumière et qu’on puisse enfin savoir les vraies choses.»

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a rappelé que le juge Louis Dionne avait fait des commentaires, jeudi, en marge du procès des trois évadés, pour expliquer qu’il n’avait pas modifié la cote de sécurité qui leur prescrivait des entraves dans leurs déplacements, comme des menottes.

«Le juge Dionne a fait des commentaires qui étaient en marge de son procès, qui viennent expliquer qu’il n’a rien à voir, lui, dans les modifications des conditions de détention de ceux qui se sont évadés, a-t-il dit. C’est ce que je comprends essentiellement.»

Lors d’un échange avec la presse parlementaire, M. Moreau a refusé de dire si les propos de M. Dionne ont contredit les déclarations de Mme Thériault, qui attribuait pourtant cette décision au magistrat, en début de semaine.

«Vous tirerez vos conclusions, a-t-il dit. Moi, ce que je dis, c’est que M. Dionne a éclairé la situation en disant: voici ce que moi j’ai fait et voici quel est mon lien avec les conditions de détention. Vous poserez les jugements, ce n’est pas à moi de faire les jugements entre les déclarations de l’un et les déclarations de l’autre.»

M. Couillard s’est montré plus réservé que M. Moreau à ce sujet. Il a refusé de dresser le même constat que son ministre, un avocat, concernant les propos de M. Dionne.

«Je ne ferai aucun commentaire sur les déclarations d’un membre de la magistrature», a-t-il dit.

Plus tôt, le député libéral Gilles Ouimet a souligné que Mme Thériault a pris une bonne décision en mandatant M. Bouchard pour enquêter au ministère de la Sécurité publique, dans les établissements de détention, au ministère de la Justice et à la Sûreté du Québec.

«Je pense que Mme Thériault avait une situation difficile à gérer», a-t-il dit.

Malgré la controverse, M. Couillard a déclaré que le gouvernement maintient le cap.

«Ça ne change pas la destination du gouvernement, une destination appuyée sur le constat des finances publiques, de l’impasse que l’on connaît, du défi de relancer l’emploi et l’investissement, la nécessité pour les générations futures que notre gouvernement fasse les bons choix, a-t-il dit. Ça ne change pas ça.»

En moins quatre semaines, le gouvernement a tenu «un grand nombre» d’engagements, a fait valoir le premier ministre. Il a cité l’adoption du projet de loi 52 sur les soins en fin de vie, de la loi sur l’Inspecteur général de la ville de Montréal et le dépôt du projet de loi sur les régimes de retraite municipaux.

Le premier ministre a aussi rappelé le feu vert donné par son gouvernement pour la réalisation de la cimenterie de Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie.

Deux commissions ont été mises sur pied dans les derniers jours de la session pour guider le gouvernement dans ses efforts de redressement des finances publiques.

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