Des experts ne s’entendent pas sur les conséquences de la mort possible de Joseph

MONTRÉAL – Deux spécialistes de la criminalité montréalaise tirent des conclusions différentes sur les conséquences du possible assassinat de l’ancien dirigeant de gang Ducarme Joseph, vendredi soir.

Divers médias ont rapporté que l’homme assassiné dans le quartier Saint-Michel, à Montréal, est l’ancien dirigeant des Bleus, un gang de rue.

Vers 22 h 15, vendredi soir, un individu âgé dans la quarantaine a été découvert gisant au sol à l’intersection du boulevard Saint-Michel et de la rue Michel-Ange. Il avait été atteint de plusieurs projectiles d’arme à feu au haut du corps.

Samedi, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) refusait de confirmer l’identité de la victime, se bornant à dire qu’elle était bien connue des autorités. Pour justifier sa discrétion, il faisait valoir que les proches de la victime du meurtre n’avaient vraisemblablement pas tous été informés du crime.

Selon l’avocat criminaliste Robert La Haye, ce meurtre pourrait provoquer des remous au sein du milieu interlope. En entrevue à La Presse Canadienne, il a dit craindre «un regain de violence». S’il ne croit pas que le meurtre déclenchera une guerre des gangs, il n’écarte pas l’hypothèse de «représailles à l’intérieur des organisations criminelles».

La députée Maria Mourani, qui est criminologue, sociologue et auteure d’ouvrages sur les gangs de rue, ne partage pas l’avis du juriste.

Mme Mourani a affirmé que Ducarme Joseph a, au fil du temps, vu ses appuis s’étioler et qu’il s’est mis à collectionner les ennemis. Elle se dit convaincue «qu’aucun gars de gang n’ira venger sa mort».

Elle prédit qu’il n’y aura pas de représailles car «ce n’est pas une organisation qu’on a attaquée mais bien un individu qui avait une lourde dette à payer».

Mme Mourani a également mentionné que l’étoile de Joseph avait pâli au cours des dernières années. Sa tête aurait été mise à prix notamment à la suite du meurtre de Nick Rizzuto, le fils de Vito, le défunt parrain de la mafia montréalaise.

Elle croit que le lieu de l’assassinat n’a pas été choisi au hasard. Selon elle, un message très clair a été envoyé non seulement aux Bleus mais aussi à toute la pègre car le tueur s’est rendu «sur le territoire (de sa victime), presque dans son intimité» pour lui régler son compte de manière «flamboyante». Les membres des gangs sont prévenus: ils ne sont «à l’abri de rien». Ils peuvent être tués même en en plein coeur de leur fief; l’époque où ils pouvaient régner sur «leur royaume» en toute impunité est révolue.

Ducarme Joseph a déjà été victime d’une tentative de meurtre en 2010 lorsque trois individus armés s’étaient présentés dans un commerce de la rue Saint-Jacques, dans le Vieux-Montréal, où il se trouvait. L’homme avait réussi à s’enfuir in extremis en empruntant la porte arrière du bâtiment.

Ultérieurement, les forces de l’ordre avaient indiqué que la fusillade avait été planifiée par des professionnels.