Une route sera construite pour relier la réserve de Shoal Lake au Manitoba

WINNIPEG – Les larmes ont coulé et un air de tambour victorieux a retenti à l’Assemblée législative du Manitoba, jeudi, lorsque la réserve autochtone de Shoal Lake a reçu la confirmation qu’une route serait enfin construite pour la sortir de son isolement.

Le chef Erwin Redsky s’est exclamé qu’il ne pensait jamais entendre cette nouvelle de son vivant.

Les trois ordres de gouvernement se sont accordés pour financer la construction d’une route de 24 kilomètres, la route «Freedom», qui sera praticable à longueur d’année.

Le projet de 30 millions $ — financé à parts égales par le gouvernement fédéral, la province du Manitoba et la Ville de Winnipeg — permettra de relier la Première Nation No 40 de Shoal Lake à la Transcanadienne.

Cet engagement marque un point tournant pour la communauté, mais également pour l’ensemble des Premières Nations du Canada, estime M. Redsky.

«C’est un nouveau départ, a-t-il dit, d’une voix tremblante. Ne nous attardons pas au passé. Avançons ensemble.»

«Les Premières Nations feront partie de ce pays pour le bâtir une nouvelle fois. Le travail commence aujourd’hui.»

La réserve, située à la frontière du Manitoba et de l’Ontario, a été coupée du monde il y a 101 ans lors de la construction d’un canal artificiel pour alimenter la ville de Winnipeg en eau potable.

La ville s’était accaparé les terres sans la permission de la communauté autochtone, a soupiré M. Redsky, et ses membres souffrent depuis des conséquences causées par ce projet.

La collectivité de 270 âmes n’a plus d’eau potable depuis 18 ans et fait l’objet d’un des avis d’ébullition d’eau les plus longs de l’histoire du Canada. Sans une route praticable à l’année longue, la construction d’une usine d’épuration des eaux est hors de prix pour la réserve.

En été, les résidants peuvent prendre un traversier vétuste, qui a échoué l’inspection gouvernementale cette année, et l’hiver, ils peuvent se risquer sur une dangereuse route de glace qui a causé plusieurs accidents funestes au fil des ans.

Quant aux ambulances, elles ne peuvent accéder à la communauté. Et les enfants doivent quitter la réserve après le primaire s’ils souhaitent poursuivre leurs études.

L’ancien gouvernement conservateur refusait de s’engager à financer la construction d’une route, malgré la volonté exprimée par le Manitoba et la Ville de Winnipeg.

Durant la récente campagne électorale, le Parti libéral s’était engagé à contribuer au projet. Il s’agit d’une obligation morale, a fait valoir jeudi Carolyn Bennett, ministre des Affaires autochtones et du Nord.

«Il y a longtemps que ce partenariat avec la province du Manitoba et la Ville de Winnipeg en vue de construire la route « Freedom » pour la Première Nation No 40 de Shoal Lake aurait dû être conclu; c’est la bonne chose à faire», a-t-elle déclaré.

De passage à Vancouver jeudi, le premier ministre Justin Trudeau a fait valoir que le cas de Shoal Lake est un bon exemple du type de relation que le gouvernement fédéral souhaite établir avec les Premières Nations et les autres ordres de gouvernement.

«Il s’agit de faire ce qu’il faut. Il s’agit de faire ce qui est juste, a-t-il dit. C’est ce qui nous guide alors que nous débutons notre mandat.»

Le premier ministre manitobain Greg Selinger a affirmé que la détresse des gens de Shoal Lake est une «grande injustice».

«Il n’y a pas de meilleur moment, en cette période de réconciliation, pour aller de l’avant avec ce projet qui fera une immense différence pour les gens de cette communauté, a-t-il souligné. Cela va nous permettre de mieux dormir le soir en sachant qu’ils auront le même traitement que nous avons à Winnipeg.»