Vente du Cirque du Soleil: Québec n’interviendra pas, tranche Couillard

MONTRÉAL – Québec n’interviendra pas afin de s’assurer que des intérêts locaux conservent le contrôle du Cirque du Soleil, qui se prépare à annoncer sa vente lundi, selon une source, même si la transaction n’a pas encore été officiellement conclue.

Il n’est «pas question» pour le gouvernement de s’immiscer «dans une transaction privée», a fait savoir le premier ministre Philippe Couillard, jeudi, pendant la période des questions à l’Assemblée nationale.

«Je vais le dire de façon très nette, a-t-il affirmé. Pas plus que l’on voudrait que les gouvernements étrangers s’impliquent lorsque des groupes du Québec essaient de faire des transactions à l’étranger.»

Entre-temps, le fondateur de l’entreprise et principal actionnaire, Guy Laliberté, a envoyé un courriel à ses employés afin de préciser qu’il n’avait pas «finalisé d’entente» pour la vente du Cirque.

Dans son court message, il reconnaît toutefois qu’il y a «beaucoup de discussions en cours» relativement à cette possibilité.

«Comme à mon habitude, sachez que vous serez les premiers informés si je finalise une entente avec de nouveaux partenaires», écrit-il, en incitant ses employés à continuer de «bien faire leur travail».

Le Cirque du Soleil n’a pas voulu faire de commentaires.

Une ex-haute dirigeante de l’entreprise ayant gardé contact avec plusieurs de ses anciens collègues a cependant confié, sous le couvert de l’anonymat, que l’ambiance était morose aux installations montréalaises de l’entreprise.

Plusieurs d’entre eux considèrent que la vente du Cirque représente la fin de «quelque chose d’extraordinaire» et d’un des plus grands succès québécois à l’échelle internationale, a-t-elle expliqué.

Des sources au courant de la transaction ont indiqué que la firme d’investissement privée américaine TPG Capital mettrait la main sur une participation majoritaire de 60 pour cent dans le Cirque du Soleil.

Fosun Capital Group, une firme chinoise, deviendrait actionnaire minoritaire, alors que la Caisse de dépôt et placement du Québec achèterait une participation minoritaire de 10 pour cent. M. Laliberté conserverait 10 pour cent des actions.

En raison des récentes difficultés traversées par l’entreprise québécoise, la valeur de l’entente de principe serait inférieure aux 2 milliards $ que désiraient M. Laliberté ainsi que ses conseillers.

Les nouveaux propriétaires auraient par ailleurs l’intention de maintenir le quartier général dans la métropole en plus d’ouvrir un bureau à Shanghai, où se trouve Fosun.

«TPG Capital apprécie vraiment le caractère unique et l’héritage du Cirque et elle sera engagée à l’endroit des créateurs montréalais et québécois», a indiqué une source au courant de la transaction.

Cette personne a ajouté qu’il y a d’intéressantes perspectives de croissance en Asie pour le Cirque du Soleil en raison de la demande à l’endroit des produits de divertissement.

«Il y aura plus d’activités à Shanghai, mais cela ne veut pas dire que ça deviendra le siège social», a-t-elle précisé.

Le gouvernement optimiste, l’opposition déçue

S’il aurait préféré le statu quo, le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, s’est dit confiant de voir le siège social demeurer à Montréal, même s’il n’a pu fournir cette assurance.

«Notre outil qui a le moyen d’intervenir là-dedans, c’est définitivement la Caisse, a-t-il dit. Ce qui me rassure, c’est qu’une société sérieuse comme la Caisse soit intéressée.»

Puisque TPG Capital n’est pas spécialisée dans le secteur du divertissement, la firme d’investissement n’a aucun intérêt à démanteler le Cirque du Soleil, ce qui, selon M. Daoust, devrait assurer le maintien du quartier général dans la métropole.

Le ministre a également fait savoir qu’il n’avait pas communiqué avec M. Laliberté ou ses associés pour leur faire part de ses suggestions.

La réaction a été bien différente du côté des partis d’opposition, qui ont vivement déploré la vente probable du Cirque à des intérêts étrangers, exprimant du même coup des inquiétudes à l’endroit des 1400 emplois du siège social.

Au Parti québécois, le chef intérimaire Stéphane Bédard s’est inquiété de la «perte de contrôle» au Québec «d’un de nos plus grands succès sur la scène internationale».

«À court terme, on nous dit qu’il n’y aura pas de danger pour le siège social, mais d’ici un an, qu’est-ce qu’il va arriver?», s’est-il entre autres demandé.

M. Bédard aurait aimé voir des gens de la communauté d’affaires québécoise se manifester, puisqu’à son avis, ils auraient pu être appuyés par le gouvernement ainsi que la Caisse de dépôt et placement.

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a exhorté le premier ministre à tenter une ultime approche auprès d’acheteurs québécois pour éviter que l’institution passe sous contrôle étranger.

«Là, il semble que la Caisse va prendre un participation, seule et minoritaire, a-t-il déploré. C’est comme un prix de consolation.»

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