Vins: le ministre Pierre Paradis se défend d’être en conflit d’intérêts

QUÉBEC – Après s’être plaint des délais dans le dossier de la mise en marché des vins québécois, le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, s’est défendu, mardi, d’être en conflit d’intérêts.

M. Paradis a expliqué qu’un avis du commissaire à l’éthique l’autorise à intervenir dans ce dossier malgré le fait que son frère soit propriétaire d’un vignoble et que l’essentiel de la production du secteur vienne de sa circonscription, située dans les Cantons-de-l’Est.

«Soixante pour cent des vignobles sont dans mon comté, mon frère est producteur alors je n’ai pas pris de chance, je suis allé au-devant des coups et j’ai demandé un avis», a-t-il dit dans un échange avec la presse parlementaire.

Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, lui-même propriétaire d’un vignoble, a pour sa part expliqué mardi qu’il se retire des discussions du conseil des ministres chaque fois qu’il est question du dossier des vins québécois.

«Au conseil des ministres quand il y a eu des discussions, j’ai spécifiquement demandé à sortir, a-t-il dit. Je ne veux pas faire partie de ces discussions, tout simplement.»

M. Daoust, qui a pris cette disposition après avoir consulté le commissaire à l’éthique à ce sujet, n’a pas commenté la situation de M. Paradis.

«Je ne commenterai pas sur M. Paradis je vais m’occuper de mon dossier à moi», a-t-il dit.

Lundi, M. Paradis avait pressé le ministre des Finances, Carlos Leitao, d’aller de l’avant avec le dépôt d’un projet de loi qui doit permettre d’élargir les points de vente des vins québécois.

Selon le ministre de l’Agriculture, le cabinet de M. Leitao était responsable de délais inutiles dans ce dossier, qui inclurait les restaurants, les dépanneurs et les épiceries au nombre des points de vente.

Mardi, M. Leitao a attribué ce délai à la complexité du dossier, notamment pour élaborer des critères qui vont déterminer les entreprises viticoles admissibles à cet élargissement du marché, concentré actuellement à la Société des alcools du Québec (SAQ) et aux lieux de production.

«C’est un dossier qui est un peu plus complexe que ce qu’on pense, a-t-il dit. (Lundi), on s’est parlé, le ministre de l’Agriculture et moi, je l’ai rassuré. Le projet de loi avance et comme on s’était engagé à le faire, on va déposer un projet de loi cet automne.»

Alors que M. Paradis a laissé entendre que des réticences de la SAQ pourraient expliquer les délais, M. Leitao a rejeté cette analyse.

«Il n’y a pas de lobby de la SAQ, a-t-il dit. Nous, l’État, nous sommes l’actionnaire de la SAQ. L’entreprise fera ce que l’actionnaire lui dira de faire.»

Avant de déposer son projet de loi, le gouvernement dit s’assurer qu’il ne contrevient pas aux accords de commerce internationaux, ce qui «n’est pas simple», a indiqué le ministre.

La définition de ce qu’est un producteur artisanal nécessite également des analyses, a ajouté M. Leitao.

«C’est ce qui fait que ç’a pris un peu plus de temps pour qu’on puisse présenter le projet de loi, a-t-il dit. Il faut s’assurer que ce soit bien ficelé.»

M. Paradis a confirmé qu’une discussion avec M. Leitao avait permis de faire le point sur la progression du dossier.

«Un volet a été ajouté au dossier, qui est passé sous le radar, qui a compliqué un peu les choses mais qui va dans la bonne direction, tout le volet des microbrasseries», a-t-il dit.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a accusé les libéraux d’avoir tardé avec la promesse électorale d’élargir le marché des vins québécois.

«Ça c’est une promesse électorale, a-t-il dit. On est dix-sept mois plus tard et on apprend que M. Paradis est frustré parce que le ministre des Finances ne remplit pas la promesse faite par le premier ministre en campagne électorale. Il est temps que ça se règle.»