Québec demande au juge Louis Dionne de faire la lumière sur l’affaire Camara

MONTRÉAL — Québec veut faire la lumière sur les événements qui ont conduit à l’arrestation de Mamadi III Fara Camara et au dépôt d’accusations erronées à son endroit.

La ministre de Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé par voie de communiqué mardi la nomination du juge Louis Dionne pour enquêter sur le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dans cette affaire.

Dressant le bilan de la pandémie en début d’après-midi, le premier ministre François Legault a dit croire qu’il est nécessaire de jeter un éclairage indépendant sur cette affaire.

«On veut savoir ce qui s’est passé parce que c’est préoccupant. Écoutez, ça n’a pas de bon sens. Les Québécois n’aiment pas ça voir ce qu’ils entendent depuis une semaine, donc il faut aller au fond des choses», a-t-il affirmé.

Le communiqué de la ministre ne fait toutefois aucune mention du travail du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui a porté les accusations. Le communiqué du bureau de la ministre précise qu’il «sera chargé de valider la pertinence des actions prises par les policiers en fonction du cadre légal et des pratiques reconnues en la matière».

La ministre Guilbault a précisé dans son communiqué que son premier souci «est d’éviter que des personnes innocentes se retrouvent dans des situations similaires à celle vécue par M. Camara. Il en va de la confiance de nos citoyens envers nos institutions policières et judiciaires.»

Louis Dionne a lui-même été Directeur des poursuites criminelles et pénales de 2007 à 2011, année où il a été nommé juge à la Cour du Québec..

Le juge Dionne amorcera son enquête le 22 février. Le premier ministre Legault a clairement indiqué qu’il ne souhaite pas voir traîner le dossier, sans vouloir presser le magistrat pour autant.

«On veut que ce soit le plus rapidement possible, mais on veut lui donner le temps d’aller au fond des choses», a-t-il dit. 

Le mandat d’enquête du juge prévoit également la possibilité  d’émettre des recommandations «afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise». Le communiqué ajoute que «le rapport pourra être rendu public, en tout ou en partie, dans la mesure où il sera possible de le faire sans nuire à une enquête policière ou à d’éventuelles poursuites judiciaires».

Louis Dionne est bien au fait du travail policier. Avant de devenir Directeur des poursuites criminelles et pénales, il a occupé les fonctions de directeur de la lutte au crime organisé à la Sûreté du Québec et de sous-ministre associé et de sous-ministre aux ministères de la Sécurité publique et de la Justice. 

Sa nomination reste à être entérinée par le cabinet, mais les propos de François Legault ne laissent pas de doute qu’il s’agit d’une formalité et qu’il a déjà endossé le tout.

«La réputation du juge Dionne n’est plus à faire. (…) Je ne pense pas qu’on peut imaginer quelqu’un qui connaît mieux le système que lui», a dit le premier ministre.

Mamadi III Fara Camara a été appréhendé le 28 janvier dernier à la suite d’une opération de contrôle routier de routine qui a dégénéré. Le policier du SPVM qui venait de lui donner une contravention pour usage du cellulaire avait été agressé par derrière, désarmé et blessé.

Arrêté à la suite de ces événements, M. Camara avait comparu le 29 janvier 2021 et était demeuré derrière les barreaux durant six jours, soit jusqu’au 3 février, moment où le DPCP a annoncé un arrêt des procédures en raison de nouvelles informations révélées par l’enquête policière.

M. Camara a été libéré sur-le-champ. Deux jours plus tard, le 5 février, le directeur du SPVM a disculpé publiquement M. Camara et présenté ses excuses.

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