Québec en 2020: des milliers de chômeurs et une rareté de main-d’oeuvre à la fois

MONTRÉAL — Dans le monde du travail aussi, l’année 2020 nous a placés dans une situation inédite: des dizaines de milliers de nouveaux chômeurs engendrés par la pandémie et, à la fois, une rareté de main-d’oeuvre dans certains secteurs.

À la mi-octobre, le ministre du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet,  rapportait que le Québec avait enregistré 190 000 chômeurs additionnels liés à la pandémie et, en même temps, affichait des besoins en main-d’oeuvre dans des secteurs comme la santé, l’agroalimentaire et l’enseignement.

Par exemple, le secteur agroalimentaire rapporte à lui seul de 6000 à 7000 postes à pourvoir.

L’Institut du Québec précisait que quatre groupes de travailleurs ont été plus durement affectés par la pandémie: les jeunes, les femmes, les bas salariés et ceux qui ont moins de huit années de scolarité.

Les travailleurs essentiels

La pandémie de coronavirus nous aura justement permis de constater à quel point des milliers de travailleurs jugés essentiels, comme les préposés aux bénéficiaires et les employés dans les épiceries, n’étaient pas très bien payés.

Dans les résidences privées pour personnes âgées, des membres du Syndicat québécois des employés de service (SQEES, affilié à la FTQ) ont fait la grève pour obtenir 15 $ l’heure à l’embauche. Plusieurs étaient payés 13,50 $ ou 14 $ l’heure — avant les primes Covid que le gouvernement leur a versées.

Les préposés aux bénéficiaires sont devenus, en quelque sorte, l’emblème du monde du travail lors de la pandémie.

Dans le secteur public, le gouvernement Legault a déployé un train de mesures pour en former des milliers, grâce à un programme accéléré. Il a aussi haussé leur rémunération par des primes et a stabilisé les postes.

Avant les primes, leur salaire variait de 20,55 $ l’heure au 1er échelon à 22,35 $ au 5e et dernier échelon. 

Secteur public

Reste que leur rémunération et leurs conditions de travail ne sont toujours pas fixées pour de bon, puisque la négociation dans les secteurs public et parapublic n’est toujours pas terminée, après un an.

Ces négociations sont bien mal parties, sans front commun intersyndical. Chaque centrale a déposé des demandes différentes, parfois en pourcentages d’augmentation de salaire, parfois en dollars d’augmentation.

Seules la FIQ et l’APTS ont fait alliance pour négocier ensemble les questions salariales et celles qui relèvent de la table centrale.

La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) a réussi à conclure une entente de principe avec Québec, mais sur les clauses normatives seulement. Ce n’est pas le cas pour l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Les conventions collectives qui concernent 550 000 employés de l’État sont échues depuis le 31 mars dernier.

Pour les prochaines conventions d’une durée de trois ans, Québec offre 1,75 % d’augmentation pour la première année avec un montant forfaitaire de 1000 $, puis 1,75 % pour la deuxième année avec un montant forfaitaire de 600 $, puis 1,5 % pour la troisième année.

Réforme à venir

Une autre importante grève a marqué l’année 2020: celle des 10 000 responsables de services de garde en milieu familial, syndiquées à la CSQ, en septembre.

De même, le salaire minimum a été haussé à 13,10 $ l’heure en mai dernier. Québec a fait savoir qu’il augmentera à 13,50 $ en mai 2021.

Au plan politique, le ministre Boulet a déposé un projet de loi fort attendu: la réforme du régime de santé et sécurité au travail. Une telle  réforme avait maintes fois été promise par les gouvernements précédents, mais jamais livrée.

La principale loi dans ce domaine date de 40 ans. Or, les milieux de travail ont bien changé depuis. Et la pandémie a démontré les importants besoins en prévention en milieu de travail, notamment dans les établissements de santé. 

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