Québec fait appel aux enseignants pour aider dans le secteur de la santé

QUÉBEC — Le gouvernement Legault veut forcer les employés du milieu de l’éducation à aller prêter main-forte dans le secteur de la santé.

Selon les informations obtenues par La Presse canadienne, un arrêté ministériel est en préparation pour réquisitionner le personnel en arrêt de travail dans les commissions scolaires et les cégeps. Il s’agirait par exemple de professeurs en sciences infirmières.

En conférence de presse vendredi, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a dit qu’elle était en discussion sur des modalités pour mettre à contribution des employés du monde de l’éducation, surtout dans les CHSLD.

«Les gens réalisent le sérieux de la situation et des besoins en personnel, a-t-elle affirmé. Une partie de ces gens-là sont déjà en train de travailler avec nous dans le réseau. On veut aller chercher les autres. Je pense qu’on a une bonne réponse. (…) C’est vraiment pour les CHSLD, qu’on a fait cette demande.»

Rappelons que les résidences pour personnes âgées sont sur la ligne de front de la lutte au coronavirus. Dans six CHSLD, la situation est considérée comme critique même.

Mme McCann a évoqué que les besoins en effectifs sont élevés. Elle a fait savoir que 3000 employés du réseau de la santé ne peuvent pas être sur le terrain, notamment des femmes enceintes ou des travailleurs qui ont été infectés par le coronavirus.

La ministre n’a toutefois pas précisé quels seraient les éventuels éléments de contrainte contenus dans l’arrêté ministériel. Par exemple, un professeur en sciences infirmières qui refuserait d’aller travailler dans le réseau perdrait-il son salaire?

De son côté, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) n’a pas mis de temps à réagir. La CSN reconnaît la gravité de la crise et la nécessité de recourir à des moyens exceptionnels. Cependant, on s’inquiète des règles de mise en oeuvre de cette décision et des abus potentiels.

«Le gouvernement ne doit pas en abuser, au risque de freiner l’élan de mobilisation démontré par les salariés de nos services publics, a déclaré le président de la CSN, Jacques Létourneau, vendredi. Forcer le personnel de l’éducation à aller travailler dans le réseau de la santé, sans aucune forme de consultation préalable auprès des principaux concernés, est pour le moins navrant.»

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a aussi déploré l’absence de consultations.

«On laisse couler des informations concernant un éventuel arrêté ministériel qui n’est pas encore public et cela suscite beaucoup d’inquiétudes chez nos membres qui sont directement concernés. Nous sommes incapables de les rassurer, ce qui a pour effet de nourrir la machine à rumeurs», a fait valoir par communiqué la présidente de la CSQ, Sonia Ethier.

«Nous attendons toujours les détails concernant la priorité de celles et ceux qui seront mobilisés : qui, quand et où?», a poursuivi Mme Ethier.

Elle ajoute qu’avant d’affecter des travailleuses et des travailleurs dans un autre secteur, le gouvernement doit s’assurer que toutes les mesures de santé et sécurité ont été prises pour les protéger. «Ce qui est encore loin d’être clair», a soutenu la présidente de la CSQ.

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