Québec lance une série de mesures pour protéger le caribou forestier

Québec annonce un train de mesures visant à protéger le caribou forestier, une espèce désignée comme vulnérable depuis 2005 dans la province.

«L’objectif du plan de rétablissement, c’est de retourner à 11 000 caribous», a expliqué le ministre des Forêts, Laurent Lessard, en mêlée de presse à la suite de l’annonce, mardi.

Selon les estimations actuelles, il y aurait entre 6500 et 8000 caribous forestiers au Québec, mais le ministre Lessard a reconnu que ces chiffres sont approximatifs.

«Pour l’instant, le comité scientifique avait déposé ce qu’ils avaient, basé sur des observations et des estimations. Pour aller plus loin, ça nous prend quelque chose de plus concret. Donc, scientifiquement, on veut mieux documenter», a-t-il dit.

Le plan d’action dévoilé M. Lessard et ses collègues de l’Environnement et des Affaires autochtones, David Heurtel et Geoffrey Kelley, prévoit une première phase de mesures immédiates d’aménagement de l’habitat du cervidé.

Celles-ci comprennent notamment l’établissement d’une nouvelle limite nordique, le maintien de 90 pour cent des forêts intactes, la création d’aires protégées dans la vallée de la Broadback et dans les Montagnes Blanches, la préservation des habitats du caribou au nord de la limite nordique des forêts attribuables et une planification forestière adaptée.

«Il y a des mesures de protection immédiates qui vont dans le sens de protéger les vieilles forêts, le caribou, de travailler avec les communautés et on s’assure que ces forêts demeurent intactes», a précisé M. Lessard.

Fait à noter, ce plan prévoit également un projet pilote de démantèlement de chemins forestiers, une des causes importantes de la fragilisation de l’espèce. Leur démantèlement représente toutefois un pari dont le résultat est inconnu, a fait valoir un porte-parole de Greenpeace, Richard Brooks, lorsque rejoint par La Presse Canadienne.

«Là où il y a des chemins forestiers et où l’on a procédé à des coupes à blanc, il n’y a plus de caribous. Donc le démantèlement de routes équivaut à lancer les dés dans l’espoir qu’en enlevant les routes et que les arbres y repoussent, que les caribous y reviendront, mais la science n’est pas concluante là-dessus», a expliqué M. Brooks.

Optimisme prudent des environnementalistes

Malgré tout, Greenpeace accueille favorablement la démarche de Québec.

«Nous sommes encouragés par ce plan, mais il y manque beaucoup de détails, dont ceux sur la localisation des nouvelles aires protégées, leur taille, l’échéancier d’implantation de ces aires et des autres mesures», a précisé Richard Brooks.

«Mais ce qui est vraiment important c’est qu’ils reconnaissent que de protéger les forêts intactes et l’habitat du caribou, particulièrement au sud de la limite nordique, est essentiel pour la survie des hardes de caribou dans l’avenir», a-t-il ajouté.

Il s’interroge, cependant, sur les propos des ministres à l’effet que deux chemins prévus pour des travaux forestiers dans la vallée de la Broadback recevront quand même le feu vert, «ce qui va à l’encontre des volontés des Cris et surtout, ça vient contredire les objectifs de ce plan puisque ces deux routes seront tracées directement à travers la vallée de la Broadback dans des habitats de caribous».

Un autre groupe écologiste, la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), a eu une réaction pratiquement identique, disant «accueillir favorablement le renouvellement du discours du gouvernement du Québec en regard de la protection du caribou forestier».

Dans un communiqué, la SNAP souligne que «le plan d’action apparaît être une réponse sur mesure aux enjeux qui ont été au coeur des exigences de certification du Forest Stewardship Council (FSC)», mais elle émet les mêmes réserves quant à la mise en oeuvre.

«Le plan est certes riche en intentions, mais pauvre en détails et plusieurs questions subsistent sur (des) éléments forts complexes», fait-elle valoir.

Le communiqué de la Société note de plus que l’annonce de maintenir 90 pour cent des forêts intactes «a le potentiel d’induire le public en erreur. En effet, les forêts intactes au nord de la « limite nordique » ne sont pas protégées des autres usages industriels possibles sur ce territoire, comme le développement minier, énergétique et les infrastructures reliées», précise la SNAP, invoquant les ambitions du Plan Nord.

Exploitation continue

Une deuxième phase visera ensuite à élaborer une stratégie à long terme pour l’aménagement de l’habitat du caribou qui comprendra notamment un suivi des impacts socioéconomiques, l’utilisation d’autres sources d’approvisionnement en bois et un meilleur suivi des populations.

Le ministre Lessard a toutefois clairement indiqué que toutes ces démarches ne visent pas une interruption de la récolte de bois, mais plutôt un équilibre des besoins de l’industrie, des communautés locales et de l’environnement.

«(Les compagnies forestières) veulent savoir où est la ressource, qu’on travaille pour ménager et limiter les déplacements des équipes forestières pour s’assurer qu’on rentabilise la forêt, qu’on est compétitifs, mais qu’on est respectueux, aussi, avec ceux qui habitent la forêt, ceux qui vivent de la forêt, sur les espèces, comme le caribou, qui est le garde-manger des communautés innues, principalement», a-t-il dit.

«On a garanti avec l’industrie qu’on va tout faire pour s’assurer que le maximum est fait pour sécuriser les approvisionnements forestiers», a précisé le ministre.

De son côté, le plus important syndicat de travailleurs forestiers, Unifor, n’a pas tardé à publier un communiqué pour signaler son inquiétude face au «manque de considération dont fait preuve le gouvernement libéral à l’égard des emplois et des travailleurs de la forêt».

Tout en se disant «conscient que des mesures doivent être prises» en matière d’environnement, le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, «déplore qu’en aucune manière, on indique avoir l’intention de consulter les travailleurs».

Le syndicat estime que ces mesures auront un impact direct sur les travaux de récolte en forêt et l’alimentation des usines de transformation et croit qu’il faut se pencher sur d’éventuelles mesures de transition, rappelant au passage une promesse du premier ministre.

«Le premier ministre Philippe Couillard s’est lui-même engagé en campagne électorale à ce qu’il n’y ait pas de perte d’emplois liée au caribou. Maintenant, ceci étant dit, on comprend qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs. Et c’est pourquoi on s’attend à ce que le gouvernement soit proactif et qu’il mette tout en oeuvre pour que les répercussions soient moindres», a dit M. Gagné.