Québec permet une ouverture partielle et graduelle des collèges et universités

MONTRÉAL — Québec ouvre les portes pour laisser entrer un peu d’air et, surtout, des étudiants dans les institutions d’enseignement supérieur à compter de lundi prochain.

La ministre responsable, Danielle McCann, a rendu publics les détails de cette réouverture graduelle et partielle jeudi après-midi.

«Ce qu’on veut ici, c’est de briser l’isolement dont plusieurs étudiantes et étudiants disent souffrir. Nous croyons que cette étape est un premier pas vers un retour progressif et sécuritaire sur les campus.»

Mme McCann n’a pas caché sa préoccupation face à ce sentiment de solitude et d’isolement vécu et exprimé par les jeunes depuis plusieurs semaines. Elle a toutefois averti qu’il restait encore du chemin à faire.

«Ce n’est quand même pas un retour à la normale. Ce n’est pas une présence sur les campus comme on l’a vu en temps normal. C’est un premier pas et je pense qu’il faut absolument que les étudiants réalisent que ça va être très graduel.»

Multiples restrictions

Dans les zones rouges, les étudiants devront ainsi avoir accès à des cours en présence sur place plusieurs fois par mois et au moins une fois par semaine. Le nombre d’élèves sera toutefois limité à 50 % de la capacité de la classe et les étudiants devront s’y trouver à au moins 1,5 mètre de distance entre eux. Les établissements devront prendre les moyens pour qu’un cours sur place puisse aussi être suivi à distance.

Le port du masque sera obligatoire en tout temps et en tous lieux, sauf exception pour les repas, les cours de chant ou d’instrument à vent par exemple, mais les masques seront offerts gratuitement par le gouvernement. 

De plus, les étudiants pourront se réunir à un maximum de six dans des locaux de l’institution en maintenant deux mètres de distance afin de faire des travaux d’équipe et suivre des cours à distance, une possibilité qui ne peut être exclue si le local de cours atteint sa limite de 50 % d’occupation.

Les bibliothèques demeureront ouvertes, mais la circulation et l’achalandage y seront contrôlés. De plus, les institutions auront la responsabilité de mettre en place des mesures de surveillance et de contrôle de la circulation pour éviter la création de goulots d’étranglement à l’entrée et à la sortie des cours et de l’édifice.

Dans les six zones orange, les institutions pourront reprendre l’ensemble des cours sur place dans les mêmes conditions qu’à l’automne, soit avec une distance de 1,5 mètre entre les étudiants en classe et de deux mètres ailleurs dans l’établissement, mais Québec ajoute le port du masque obligatoire là aussi.

«On compte sur vous»

La ministre a profité de l’occasion pour implorer les étudiants de faire l’effort de suivre les règles sanitaires lors des retrouvailles à venir.

«On compte sur vous. On peut s’imaginer, quand les étudiants vont arriver sur le campus et qu’ils n’auront pas vu leurs amis, leurs collègues depuis longtemps, qu’il y aura ce sentiment de retrouvailles et qu’il peut y avoir des réflexes, alors il faut s’entraider, il faut être solidaires et il faut garder cette distance de deux mètres.»

Elle se dit toutefois confiante face à risque de réouverture, faisant valoir qu’il n’y a eu aucune éclosion dans les établissements d’enseignement supérieur, à l’exception de quelques incidents isolés dans des résidences.

Mme McCann estime qu’il faudra porter une attention particulière aux étudiants de première année de cégep, qui ont été particulièrement affectés par l’impossibilité de terminer leur secondaire et d’amorcer leur cours collégial normalement. Les étudiants handicapés, ceux qui ont une mauvaise connexion internet et ceux qui ont éprouvé des difficultés d’apprentissage seront également sous surveillance.

Plan d’action en santé mentale

Consciente de l’impact psychologique de la pandémie sur les étudiants, la ministre McCann a annoncé qu’un plan d’action en santé mentale sera mis en place dès le printemps pour l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur. Le besoin se fait d’ailleurs déjà sentir, a-t-elle reconnu.

«Il faut qu’on trouve le moyen de rejoindre nos étudiants. À des moments donnés, à certains endroits, un étudiant ne sait pas où s’adresser. Ça va être fondamental: il faut que l’étudiant sache où s’adresser.»

Elle a également indiqué que les institutions, tant au niveau collégial qu’universitaire, ont fait part de leur intention de faire preuve de souplesse en matière d’admissions.

Professeur décédé

Ce qui aurait été impensable avant que la formation à distance soit devenue incontournable avec la pandémie, une formation préenregistrée par un enseignant universitaire aujourd’hui décédé et présentée à des étudiants, tel que rapporté par le quotidien Le Devoir le 30 janvier, a par ailleurs semblé grandement perturber la ministre.

«J’espère que c’est absolument exceptionnel», a-t-elle répété à deux reprises, sans aller jusqu’à dire que cette pratique devrait être bannie. Bien qu’elle ne s’oppose pas à une formation parfois enregistrée, elle a rappelé que «c’est un principe qui est démontré, qu’une des clés de succès de réussite de nos étudiants c’est le contact avec le professeur. (…) Il faut avoir, prévoir absolument une période ou on a contact avec le professeur.»

Une évaluation de la performance pédagogique et de la qualité de l’enseignement en ligne depuis le début de la pandémie doit être réalisée par le Conseil supérieur de l’éducation, a précisé Mme McCann.

Accueil favorable

Les premiers échos à cette annonce étaient favorables tant du côté étudiant que syndical. 

La présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), Jade Marcil, a indiqué par voie de communiqué que «l’ouverture des portes des campus et des lieux d’études en groupe est essentielle. On espère que cela permettra aux étudiants et aux étudiantes qui étaient isolés de créer des liens avec leurs camarades».

La  Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et ses fédérations de l’enseignement supérieur ont également dit voir «d’un bon œil» cette annonce. La centrale avertit cependant que l’application des mesures sanitaires représente un «poids énorme qui reposera sur le dos des établissements et du personnel».

Le syndicat appelle les directions d’établissements à consulter et à respecter l’expertise et l’autonomie du personnel des cégeps et des universités. «La vigilance sera essentielle afin de garantir la santé et la sécurité de la clientèle étudiante et du personnel en général», indique-t-on dans un communiqué.

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