Québec précise ses plans pour capturer des caribous menacés pour assurer leur survie

MONTRÉAL — Le gouvernement du Québec va déployer des hélicoptères et avoir recours à des filets, des pièges et des tranquillisants pour attraper et mettre en captivité des troupeaux de caribous de secteurs isolés afin d’éviter leur extinction, a indiqué le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) mercredi.

Ces cervidés des régions de la Gaspésie, Québec et Charlevoix, seront transférés dans des enclos nouvellement aménagés d’ici la fin de l’hiver, ont expliqué des représentants du ministère aux journalistes.

Les derniers caribous de la région de Charlevoix, dont il n’en resterait qu’une vingtaine, seront tous envoyés en captivité pour une période indéfinie. En Gaspésie, le plan est de cibler uniquement les femelles enceintes parmi ces bêtes sauvages et de les libérer lorsque leurs petits auront quelques mois. 

La province a également demandé l’agrandissement de l’enclos de Val-d’Or, qui comptait seulement sept caribous en 2020.

Dans un compte-rendu mercredi, un biologiste du ministère a présenté les photos et les plans pour chacun des sites.  Les images montrent des clôtures électriques couvertes de tissus géotextile noir, conçues pour éloigner les prédateurs et les curieux. 

En général, chaque installation va inclure deux habitats principaux et un enclos plus petit pour y accueillir les animaux malades ou les femelles qui mettent bas. Il y aura des endroits spécifiques pour les nourrir et pour en capturer si nécessaire.

Puisque le sol ne fournira pas toute l’alimentation naturelle nécessaire, les caribous se verront aussi offrir du lichen, des grains et du foin.

Mélissa Chatelain, une biologiste à l’emploi du gouvernement, a décrit le projet comme étant «unique et de grande envergure».  Elle a affirmé que «le bien-être des caribous était vraiment au coeur de toutes les réflexions entourant ce projet».

Québec allègue que de mettre ces caribous en enclos va permettre de les protéger des prédateurs et d’assurer qu’ils aient accès à une quantité suffisante d’eau et de nourriture, en plus de recevoir les soins de vétérinaires. 

Toutefois, des environnementalistes ont critiqué le gouvernement, l’accusant d’avoir échoué à protéger les caribous forestiers de la province et de tarder à dévoiler son plan pour protéger cette espèce.

 «C’est un peu désillusionné de prendre des animaux qui se déplacent sur des milliers de kilomètres carrés dans la forêt et de les confiner dans des enclos», a déploré le biologiste Pier-Olivier Boudreault de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), un organisme sans but lucratif dédié à la protection de la nature.

«C’est un petit peu triste qu’on en soit rendu là», a-t-il affirmé. 

Carl Patenaude-Levasseur, de la direction générale de la coordination de la gestion de la faune du MFFP, a souligné aux médias qu’il s’agissait de mesures temporaires pour aider ces cervidés à survivre, mais il n’était pas en mesure de préciser à quel moment ces bêtes seraient libérées de la captivité.

Il a indiqué que cela devrait être précisé dans le plan d’action du gouvernement qui sera dévoilé plus tard cette année et qui devrait entrer en vigueur en 2023.

Pier-Olivier Boudreault, de SNAP Québec, n’y voit qu’un «écran de fumée» pour donner l’impression au public que tout est mis en oeuvre pour sauver le caribou forestier.

Selon lui, leur population est en déclin à cause de décennies d’inaction de la part des gouvernements qui se sont succédé.

Au ministère, la biologiste Caroline Hins a reconnu qu’il devient de plus en plus difficile de retourner les animaux dans leur état sauvage, avec succès, lorsque ces bêtes ont été longtemps en captivité.

 «Le plus qu’on attend avant de les relâcher, ils vont perdre les comportements innés pour fuir leurs prédateurs et pour s’alimenter dans leur environnement», a admis Mme Hins.

Selon M. Patenaude-Levasseur, le coût pour construire les enclos  dans les régions de Gaspé et de Charlevoix est d’environ 1,1 million $ chacun, en plus de 300 000 $ à 400 000 $ pour d’autres infrastructures, comme des routes d’accès, des mangeoires, des puits et des lieux d’hébergement pour les gardiens de ces animaux. 

Cela n’inclut pas le salaire annuel des gardiens en question ni le coût de la nourriture pour les caribous et pour le déneigement.