Québec serre la vis à l’industrie des bars

MONTRÉAL — Exaspéré par l’indiscipline de fêtards, Québec sonne la fin de la récréation dans les bars et impose un couvre-feu à minuit pour la vente d’alcool et l’obligation de fermer à 1h00 du matin à compter de vendredi soir.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a également imposé une limite de clientèle à 50 % de la capacité prévue au permis et interdit la danse.

En conférence de presse, jeudi à Montréal, le ministre Dubé n’a pas caché son inquiétude devant un soudain renversement de tendance, alors que les données de santé publique font état de 137 cas au cours de dernières 24 heures, soit plus du double que ce qui était enregistré depuis quelques jours.

«De ne pas suivre les consignes publiques, c’est faire preuve d’égoïsme, a-t-il lancé. En se laissant aller (…), on met la vie du monde en danger. On ne peut pas accepter ça après tous les sacrifices qui ont été faits par les Québécois.»

Bien que des épisodes de délinquance dans des bars et des fêtes privées en Montérégie aient fait grand bruit, Christian Dubé a précisé que l’on constate des problèmes partout en province.

«On parle de la Montérégie, on parle de la grande région (de Montréal), mais on parle aussi du Saguenay. J’ai vu des chiffres aussi sur la Côte-Nord, en Estrie, en Outaouais. Alors, s’il y a des gens qui se posaient des questions, où il est le virus? Il est vraiment avec nous et si on ne fait pas attention, ça va reprendre.»

Le directeur de la santé publique, Horacio Arruda, a également déploré l’attitude de certains jeunes impliqués dans les éclosions et leur a lancé ce message: «Je demanderais aux jeunes de collaborer avec les enquêtes de santé publique. J’entends dire que certains ne veulent pas donner les noms des amis, mais c’est très important. C’est une question de vie ou de mort. Ça ne vous nuira pas, vous allez aider votre ami, vous allez peut-être sauver le parent ou la grand-mère d’un de vos amis.»

Les propriétaires de bars seront d’ailleurs encouragés à tenir un registre des clients, mais celui-ci sera volontaire.

De passage à Alma, au Lac-Saint-Jean, le premier ministre François Legault a fait valoir qu’il était essentiel «d’éviter que quelques personnes irresponsables, un pétard après quelques verres dans les bars, ne respecte plus la distance du deux mètres et qu’il y ait une propagation du virus».

«S’il y avait une explosion du nombre de cas, ça pourrait remettre en question (le retour à l’école) et je ne veux absolument pas ça et c’est pour ça qu’on serre la vis dans les bars, a martelé le premier ministre. À un moment donné, on ne peut pas mettre à risque toute la population et tous les Québécois pour quelques personnes.»

Policiers, inspecteurs et fermetures s’il le faut

Christian Dubé entend surveiller la situation de près et fournir aux gestionnaires de bars un soutien musclé.

«On prévoit une plus grande présence policière dans les prochains jours à compter de demain (vendredi) dans les secteurs qui sont achalandés. Ça va coûter quelque chose, mais on va le faire parce que c’est important de donner le support aux propriétaires parce que souvent, les écarts de conduite ne sont pas venus des propriétaires, mais sont venus des clients.»

Le ministre a précisé à la suite de la conférence de presse qu’il étudiait toujours les moyens d’imposer des amendes aux clients, mais que les modalités de telles sanctions punitives restaient à déterminer.

Par contre, les gestionnaires eux, sont déjà susceptibles d’être sanctionnés puisque des inspecteurs de la CNESST, qui sont responsables de la santé et de la sécurité au travail, seront déployés dans les bars. De plus, la Régie des alcools, des courses et des jeux est déjà impliquée dans le dossier et des suspensions de permis sont prévues pour les contrevenants.

Ultimement, avertit le ministre, «si ça fait pas la job, il y a une autre étape. Et l’autre étape, on le sait, c’est qu’on ferme», menace qui pèse sur tout le secteur si les bars s’avèrent un bouillon de culture pour la propagation du virus.

Aide aux bars? Messages contradictoires

Avant même l’annonce, les divers regroupements de propriétaires et tenanciers de bars s’étaient élevés contre ces mesures, affirmant qu’elles sonneraient le glas pour de nombreux bars.

La Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec (CPBBTQ) a accusé dès mercredi le gouvernement d’avoir «menti» aux gens de l’industrie «en nous promettant de nous aider financièrement et surtout d’instaurer des mesures justes et équitables pour tous les tenanciers du Québec», affirmait son président-directeur général Renaud Poulin, qui prédit «des centaines» de faillites.  

De son côté, la Nouvelle Association des bars du Québec (NABQ) a réclamé une intervention du ministère de l’Économie pour soutenir ces entreprises et lui reproche d’avoir «abandonné» les propriétaires de bars.

M. Dubé reconnaît que ces mesures déplairont aux propriétaires de bars, mais il estime qu’il s’agit d’un «compromis basé sur la prudence (…) difficile, mais acceptable».

Quant à leur venir en aide financièrement, l’ex-président du Conseil du Trésor a répondu que «la meilleure aide financière — et c’est ça la décision qu’on a prise — c’est de leur permettre d’ouvrir».

Or, le premier ministre François Legault a offert une réponse tout à fait différente à la même question: «Pierre Fitzgibbon travaille à essayer de les aider à payer une partie de leurs loyers, aider financièrement aussi via Investissement Québec. Je comprends qu’il y a des conséquences économiques négatives, mais dans la balance des inconvénients, la santé des Québécois doit passer en premier. On discute de certaines compensations».

 

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