Québec solidaire demande l’abandon des hôpitaux privés et l’élimination des agences

MONTRÉAL — Selon Québec solidaire, le gouvernement Legault peut faire de grands pas pour régler la crise dans le réseau de la santé s’il renonce à construire les deux hôpitaux privés qu’il a promis à Montréal et Québec et s’il légifère pour s’affranchir des agences privées.

À l’issue du caucus présessionnel de la formation, lundi à Montréal, le chef parlementaire Gabriel Nadeau-Dubois a avancé qu’il ne manque pas d’infirmières au Québec, mais que c’est dans le réseau public qu’il y a pénurie à cause de l’exode de celles-ci vers les agences privées, une situation que l’on s’apprête à aggraver avec des hôpitaux privés.

Le mandat des résultats

À ses côtés, la co-porte-parole de la formation, Manon Massé, a dit que le temps était venu de rendre des comptes : «Le deuxième mandat de M. Legault, c’est le mandat qui doit donner des résultats dans les grandes priorités des Québécois et des Québécoises. C’est le résultat, c’est le mandat dans lequel on s’attend à ce que M. Legault soit imputable de ses gestes et de ses non-gestes.»

Gabriel Nadeau-Dubois entend d’ailleurs enfourcher le cheval de bataille de la santé dès la reprise parlementaire la semaine prochaine: «C’est une des missions qu’on se donne pour la session parlementaire qui va commencer: exiger des résultats à la CAQ en matière de santé. Ça n’arrivera jamais si on ne casse pas le cercle vicieux des agences. Encore pire, si on se lance dans la construction d’hôpitaux privés comme souhaitent le faire Éric Duhaime et François Legault, ça va empirer le problème», a-t-il laissé tomber, cherchant ainsi à quelques reprises à associer le premier ministre au chef conservateur.

«Ce que je demande à François Legault, c’est de faire preuve de cohérence. S’il veut d’un côté régler l’exode vers les agences privées, il ne faut pas qu’il crée en même temps un autre exode vers des hôpitaux privés. Ça n’a juste pas d’allure», a-t-il martelé.

Une loi plutôt qu’un appel d’offres contraignant

Le porte-parole solidaire en matière de santé, Vincent Marissal, a reconnu pour sa part que l’appel d’offres lancé par Québec juste avant les Fêtes en vue de combler quelque 8 millions d’heures par année de services de soins par des agences privées présentait des changements qui vont dans la bonne direction. Toutefois, il se dit convaincu que les conditions de cet appel d’offres doivent plutôt être imposées par voie législative et il se dit prêt à collaborer avec le ministre de la Santé, Christian Dubé, pour l’élaborer.

L’appel gouvernemental, qui est suspendu en raison de plaintes déposées par des agences privées à l’Autorité des marchés publics, oblige les agences à accepter toute demande de combler des heures irrégulières ou du temps supplémentaire obligatoire provenant des CISSS et des CIUSSS avec qui elles concluront des ententes de service. Il interdit également l’embauche de travailleurs du réseau public qui n’ont pas quitté celui-ci depuis au moins un an.

Des chèques dépensés avant d’être reçus

Parmi les autres priorités de la formation de gauche, celle-ci entend taper sur le clou de la crise du logement, de la hausse du coût de la vie et son impact sur la population. Pour Manon Massé, la méthode d’aide caquiste rate complètement la cible: «C’est clair que d’envoyer un chèque, ça permet une respiration. Mais parlez-en aux gens autour de vous, en tout cas (pour les) gens autour de moi, il était dépensé bien avant de l’avoir reçu, puisque la pression sur le coût de la vie est énorme sur nos concitoyens.»

Elle estime que les locataires, entre autres, ont besoin de davantage de protection, notamment par l’instauration d’un contrôle des loyers qui obligerait les propriétaires à respecter les indices émis chaque année par le Tribunal administratif du logement. Dans cette optique, ce sont les propriétaires qui devraient défendre les hausses de loyer qui vont au-delà de ces indices: «Il faut permettre aux locataires de pouvoir avoir de l’air, a-t-elle avancé. C’est gagnant-gagnant pour tout le monde.» 

Au final, Québec solidaire entend s’installer sur les banquettes de l’opposition pour «rappeler systématiquement à François Legault qu’il a peut-être la majorité des députés, mais qu’il n’a pas eu la majorité des votes». «Ça prend du monde pour faire le rôle de chien de garde du système de santé publique. Ça prend du monde pour talonner François Legault sur la crise du logement, ça prend du monde pour parler d’inclusion au Québec», a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, ajoutant qu’il entend «épauler les infirmières, les profs, qui vont aller négocier leurs conditions de travail».

L’énigme des régions

Sur le plan politique, la formation a beau avoir fait élire un député de plus qu’en 2018, elle a réalisé deux gains à Montréal et perdu son seul véritable siège en région, celui de l’ex-députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien. Certes, Christine Labrie a bien réussi à conserver ce qui est maintenant le seul siège solidaire en dehors de Montréal et Québec, mais sa circonscription de Sherbrooke couvre exclusivement la portion urbaine de la ville estrienne, qui compte un fort bassin d’étudiants, une clientèle où Québec solidaire recueille une bonne part de ses votes. 

«La connexion avec l’électorat rural, c’est un des chantiers» que la formation politique doit résoudre. Gabriel Nadeau-Dubois a reconnu n’avoir aucune solution à offrir pour l’instant et s’en remet aux instances du parti, qui se réuniront en février: «Le Conseil national dans deux semaines sera l’occasion d’entamer ces réflexions-là avec les membres du parti.» 

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