Québec veut s’assurer que les projets éoliens d’Hydro-Québec sont au bon endroit

MONTRÉAL — Québec va donner plus de temps à Hydro-Québec pour publier un appel d’offres de production d’énergie éolienne. La réalisation des projets ne se serait pas déroulée dans des conditions optimales si la société d’État n’avait pas disposé de plus de temps, selon le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon.

Hydro-Québec devait publier les critères de deux appels d’offres, annoncés en août dernier, pour un bloc de 1000 mégawatts (MW) d’énergie éolienne et un autre bloc de 1300 MW d’énergie renouvelable, d’ici le 31 décembre.

Or, la société d’État a besoin de plus de temps pour établir les critères de l’appel d’offres. «Ce qu’Hydro-Québec a réalisé, c’est que s’il n’y a pas de données additionnelles, il pourrait y avoir des demandes de projets dans des endroits où ça ne serait pas possible de le faire rapidement», a expliqué M. Fitzgibbon.

En donnant plus de temps à Hydro-Québec, le ministre croit que la réalisation des projets se fera plus rapidement dans un contexte où la société d’État anticipe qu’elle aura besoin de nouveaux approvisionnements en 2027. «Ça va permettre d’aller plus vite pour le déploiement. Même si on va perdre, deux, trois mois, on va gagner du temps.»

Hydro-Québec anticipe que la demande québécoise d’électricité augmentera de 25 térawattheures (TWh) ou 14 % entre 2022 et 2032, selon son plan d’approvisionnement 2023-2032 qu’elle a déposé auprès de la Régie de l’énergie en novembre. 

La publication de l’appel d’offres est maintenant prévue d’ici la fin mars et les projets pourraient être mis en service aux alentours de 2027.

Le gouvernement Legault permet ainsi à la société d’État de se «revirer de bord, de préparer une bonne cartographie, de préparer le terrain pour les endroits où c’est d’une part socialement acceptable, où il y a du vent et le transport peut être fait relativement rapidement», a résumé le ministre.

L’emplacement des projets est un facteur déterminant dans le coût de ceux-ci. En ayant plus de temps pour rédiger l’appel d’offres, Hydro-Québec pourrait privilégier les emplacements à proximité des lignes de transport, entre autres. «On voulait éviter que le privé arrive avec des projets, qui pour eux fassent du sens, mais, pour nous, ne fassent pas sens autant au niveau social qu’au niveau du transport. »

M. Fitzgibbon, qui a hérité du portefeuille de l’Énergie en octobre dernier, assure que le report des appels d’offres se fait à la demande d’Hydro-Québec. Il ne faut pas voir dans cette décision un désaveu de la stratégie de la société d’État de sa part, assure-t-il. 

Chez Hydro-Québec, on accueille favorablement le report des appels d’offres. La priorité était de pouvoir déployer les projets «rapidement», explique le porte-parole Maxence Huard-Lefebvre. «En théorie, on peut créer des projets éoliens n’importe où sur la carte du Québec. Sauf qu’il y a des endroits où on peut le faire plus rapidement et d’autres où ça va requérir plus d’investissements [dans la capacité du réseau de transport de l’énergie]. »

Le bloc «énergie renouvelable» initialement prévu sera désormais destiné, lui aussi, à l’énergie éolienne, a confirmé M. Huard-Lefebvre.  

Au total, les deux appels d’offres de 2300 MW deviendront des appels d’offres de 4000 MW lorsqu’on la mesure en puissance installée. Cela tient compte du fait qu’il faut une puissance installée de 3000 MW pour obtenir l’équivalent de 1300 MW d’énergie en éolien. 

Les appels d’offres doubleraient ainsi la puissance installée en éolien au Québec, qui avoisine les 4000 MW. 

Plus de prévisibilité

En retournant à la table à dessin, Hydro-Québec serait en mesure d’offrir une plus grande prévisibilité au secteur privé, selon M. Huard-Lefebvre. «Nous avons décidé de donner des informations claires à l’industrie de quelles sont ces capacités-là, selon les zones sur la carte du réseau de transport d’Hydro-Québec. Pour que l’industrie ait une meilleure compréhension et puisse prendre des décisions en conséquence.»

Il s’agit d’une demande de l’industrie qui réclamait plus d’informations à cet égard. «La congestion du réseau doit être comprise avec plus de transparence par l’industrie, a dit le président-directeur général, Gabriel Durany, en entrevue. On ne veut pas développer un parc éolien à un endroit où le réseau n’est pas capable de le prendre.»

M. Durany estime qu’Hydro-Québec fait la bonne chose en apportant des clarifications aux appels d’offres. Le temps presse toutefois si l’on veut assurer la transition énergétique du Québec, prévient-il. 

La réalisation d’un projet éolien prend quatre ans, ce qui nous amènerait au plus tôt en 2027, un moment où la société d’État envisage qu’elle n’aura plus de surplus. «C’est une course contre la montre, a souligné M. Durany. (…) On peut avoir des objectifs qui sont liés à nos cibles climatiques en 2030. Ce n’est pas parce qu’on est en 2023 [dans quelques jours] qu’on n’est pas en retard.»

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