Québécois d’origine africaine: Se sentir Canadien, Montréalais mais pas Québécois

MONTRÉAL — Confrontés à plusieurs difficultés dans leur communauté, plusieurs Québécois de deuxième génération d’origine africaine s’identifient au Canada et à Montréal, mais ne ressentent pas de sentiment d’appartenance par rapport au Québec.

C’est du moins selon les conclusions de la thèse d’une doctorante de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui sera déposée prochainement.

Bénédict Nguiagain, elle-même d’origine camerounaise, a parlé à 21 Québécois entre 18 et 33 ans issus de l’immigration africaine de deuxième génération. 

Ces jeunes sont nés et ont grandi au Québec, et pourtant, tous les jours, ils disent vivre des situations qui ne les font pas sentir comme s’ils étaient chez eux.

«Jamais, jamais, jamais je ne me sens Québécoise. En aucun cas. Je me sens Montréalaise en tout temps, même si j’habite à Brossard. C’est tellement de diversité. Je me sens en sécurité à Montréal. Je suis juste une personne et non pas une noire», a témoigné Carole (nom fictif), qui est originaire du Cameroun.

«Moi je suis (Aline), une Afro-canadienne qui réside à Montréal. J’habite au Québec, mais je ne suis pas Québécoise», a renchéri une autre jeune femme de 22 ans dont la famille vient du Congo.

Mme Nguiagain explique cela par le fait qu’ils ressentent au Québec une distinction entre le groupe majoritaire et le groupe minoritaire, dont ils font partie.

«La fameuse question du: « D’où viens-tu? » (…) Cette question-là amène des identifications», a-t-elle indiqué lors d’une entrevue réalisée par vidéo.

«Le fait de se faire demander ça tous les jours pour une personne racisée, ça amène des identifications multiples, et là il ne faut pas s’étonner que ce ne soit pas nécessairement se sentir Québécois ou s’identifier comme Québécois.»

Et ces répondants ont peu d’intérêt envers les institutions politiques québécoises. Ils se tournent plutôt vers le gouvernement fédéral, où ils se sentent moins «oubliés», selon la chercheuse.

Plus à l’aise en milieu anglophone

Mme Nguiagain souligne par ailleurs que plusieurs d’entre eux faisaient état d’expériences plus positives dans des milieux de travail anglophones que francophones.

«Dès que c’était dans des milieux anglophones, ils se sentaient beaucoup mieux et la discrimination se faisait beaucoup moins ressentir», a-t-elle soutenu.

Des répondants qui ont expérimenté les deux ont relaté que dans le milieu anglophone, ils avaient un meilleur salaire et leur capacité à grimper les échelons avait été améliorée.

«Et même au niveau des postes des gestionnaires, tu voyais quand même un petit peu de couleur, pour eux c’était frappant», a-t-elle ajouté.

Quitter le Québec?

Parmi ces jeunes, sept sur 21, donc le tiers, ont l’intention de quitter le Québec pour s’épanouir. 

Certains ont même évoqué des «projets de retour» dans leur pays d’origine, une expression que plusieurs ont utilisée même s’ils ne l’ont jamais habité.

«Moi, je suis née ici, Bénédict Nguiagain, et parler de projet de retour au Cameroun, c’est un peu drôle, d’utiliser le mot retour, parce que oui j’y vais peut-être chaque année, mais je ne peux pas dire que je retourne m’installer là-bas», a-t-elle affirmé.

Les deux tiers prévoyaient rester au Québec, mais en militant activement pour défendre leurs droits. 

Une discrimination de tous les jours

Mme Nguiagain rapporte que tous ces jeunes disent vivre des situations discriminatoires tous les jours en raison de la couleur de leur peau.

Par exemple, pour une entrevue d’embauche, les personnes de couleur blanche n’ont pas à se «regarder mille fois» dans le miroir avant d’opter pour une coiffure simple, avance-t-elle.

«Mais la personne de couleur va se dire: est-ce que je mets ma perruque ou ça va être mal vu? Tu penses à tout ce qui peut tomber sur toi comme stéréotypes et stigmatisation et tu te dis « Bon, ok, je vais les défriser et les mettre droit ».»

Mme Nguiagain souligne que la reconnaissance du racisme systémique n’équivaut pas à traiter les Québécois de «méchants».

«C’est de dire: écoute, moi je vis dans une société où il y a des institutions qui sont racialisées. C’est [simplement] de dire: il y a certaines personnes qui bénéficient de certains privilèges sans s’en rendre compte», a-t-elle conclu.

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