Quel rôle a joué le lave-glace dans la tête de Guy Turcotte?

La psychiatre de la défense doit se défendre sur ce qu’elle a dit lors du premier procès.

Dominique Bourget (Photo: Catherine Dubé)
Dominique Bourget (Photo: Catherine Dubé)

Après avoir répondu aux questions des avocats de la défense et de la Couronne, la psychiatre Dominique Bourget a dû répondre à celles du juge André Vincent, au procès pour meurtre de Guy Turcotte. Le magistrat a demandé à l’experte de la défense de préciser le rôle joué par le méthanol dans l’état mental de l’accusé au moment où il a tué ses deux enfants, en 2009. Le méthanol est cet alcool toxique contenu dans le lave-glace que l’accusé a bu la nuit du drame.

L’état mental de l’accusé était-il surtout perturbé par un facteur interne (une maladie mentale) ou par un facteur externe (une intoxication) au moment où il les a poignardés?

«La cause de son état perturbé ce soir-là, c’est la maladie mentale», a répondu avec aplomb la Dre Bourget. Ce trouble mental a amené l’accusé à vouloir se suicider et a provoqué l’ingestion de méthanol, a-t-elle précisé.

L’état du cerveau de Guy Turcotte est une question cruciale puisque l’accusé présente une défense de non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux.

Le procureur de la Couronne, Me René Verret, a affronté la psychiatre sur ce qu’elle avait dit lors du premier procès de Guy Turcotte, en 2011, au cours duquel elle avait aussi agi à titre de témoin expert.

«À cette époque, vous considériez que trois éléments, soit le trouble d’adaptation, le raptus suicidaire [une crise suicidaire aiguë] et le méthanol, avaient contribué à causer l’état dans lequel l’accusé se trouvait, a-t-il souligné. Vous souvenez-vous avoir dit que le méthanol était un facteur important?»

« C’est possible. Je ne me souviens pas des mots exacts», a répondu la psychiatre.

Une section de son rapport d’expertise de 2011 est consacrée au méthanol. Le procureur de la Couronne a cité un passage dans lequel la psychiatre affirme que l’intoxication au méthanol est susceptible de causer une perturbation de la conscience.

Me Verret a ensuite brandi le rapport complémentaire produit par l’experte le 24 octobre 2015, dans lequel la question du méthanol est pour ainsi dire évacuée, à l’exception d’une ligne qui précise que l’accusé a ingéré cette substance pour se suicider.

«Pourquoi ne considérez-vous plus que le méthanol est un facteur qui a amené M. Turcotte dans cet état-là?» a demandé Me Verret.

La psychiatre a légèrement hésité avant de répondre: «C’est un rapport complémentaire, je ne dis pas que mon premier rapport ne tient pas la route. C’est une mise à jour, je n’ai pas fait un copier-coller de la section sur le méthanol. […] J’ai toujours pensé que c’était d’abord le trouble mental qui avait causé les événements.»

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Il serait temps de s’interroger sérieusement sur la valeur de l’expertise psychiatrique dans les procès criminels. «Pourquoi les tribunaux canadiens prennent-ils au sérieux des gens qui prétendent fournir une preuve, alors qu’ils expriment le plus souvent une opinion?» demande Christian Saint-Germain, professeur de philosophie à l’UQAM, dans son ouvrage «Le nouveau sujet du droit criminel. Effets secondaires de la psychiatrie sur la responsabilité pénale». Voir http://www.actualites.uqam.ca/2014/expertise-psychiatrique-proces-criminels

Tout à fait d’accord avec vous. Il faut cesser de jouer avec la justice avec des pseudo experts psychiatres. Quel temps perdu, quel fric investi pour si peu dans ce spectacle de bas niveau.

quel basesse que ce systeme judiciere quebecois de s,emplir les poches sur le dos de victimes et de parents dans la douleur.