Quels droits ont les enseignants qui vivent avec des personnes immunosupprimées?

QUÉBEC — Un enseignant dont un proche est immunosupprimé peut-il refuser d’aller travailler dans une salle de classe?

La question demeure entière au lendemain de la publication d’un guide de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) en vue de la réouverture des écoles.

Après avoir épluché le guide, la députée libérale Marwah Rizqy en vient à la conclusion que la question n’est pas réglée, alors qu’elle aurait dû l’être, parole du ministre.

«Nos enseignants ont droit à des éclaircissements», a martelé Mme Rizqy en entrevue téléphonique, mardi. 

«Aucun enseignant ne devrait perdre son travail, ou avoir des sanctions, parce qu’il a voulu protéger un membre de sa famille. (…) Ce n’est plus le temps de jouer au ping-pong», a-t-elle renchéri. 

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avait promis la semaine dernière en commission que la CNESST allait trancher dans son guide la question du droit de refus de travail.

Or, le guide publié en fin de journée lundi n’y fait aucunement référence.

La CNESST a plutôt rappelé mardi la règle générale, à l’effet que seule une personne qui a elle-même des contre-indications peut se mettre en retrait de travail.

«On ne peut pas invoquer celles (les contre-indications) d’un proche pour se mettre en isolement», a déclaré le porte-parole Maxime Boucher.

Le ministre «improvise» et «se déresponsabilise complètement» lorsqu’il s’en remet à la CNESST, estime la députée Christine Labrie, de Québec solidaire.

«Il aurait pu envoyer une directive pour demander aux directions d’école de favoriser le télétravail pour les employés qui vivent avec une personne vulnérable, a déclaré Mme Labrie en entrevue. Comme il laisse ça à leur discrétion, ça fait des iniquités.» 

Des directions d’écoles sont plus compréhensives que d’autres, dit-elle observer, alors qu’il y a une réelle crainte de manquer de personnel dans les écoles. 

Selon Mme Rizqy, le ministre dispose de tous les outils nécessaires pour «corriger la situation». Il peut notamment procéder par arrêté ou par décret ministériel, a-t-elle indiqué. «Ils peuvent le faire, ils ont la majorité!» 

Vrai choix des parents?

M. Roberge avait également déclaré jeudi dernier qu’il voyait mal un employeur congédier un travailleur qui déciderait de ne pas se rendre sur son lieu de travail afin de garder ses enfants à la maison.

Là aussi, la CNESST devait trancher, avait-il soutenu, en réponse à une question de Mme Labrie.

L’élue de Sherbrooke venait de lui signifier que selon elle, les parents du Québec qui se demandent si oui ou non ils renverront leurs enfants à l’école n’ont pas un «vrai» choix.

Des parents qui doivent retourner travailler, mais qui veulent garder leurs enfants à la maison parce qu’inquiets de la COVID-19, pourraient perdre leur emploi, avait-elle souligné.

«Ce n’est pas à moi d’en juger, avait répondu M. Roberge. Encore une fois, c’est le genre de décisions qui appartiennent à la CNESST.»

Le bureau du ministre de l’Éducation n’avait pas répondu aux questions de La Presse canadienne au moment de publier, mardi. 

«Je trouve ça vraiment frustrant qu’il laisse croire qu’il donne le choix aux gens, alors que c’est complètement faux», a dénoncé Mme Labrie.

«La réalité, c’est qu’il y a des gens qui ont absolument besoin de leur paye pour pouvoir continuer à arriver, et ces gens-là vont renvoyer leurs enfants à l’école, même si ça les inquiète.»

«Ça va bien se passer», dit Legault

Directement interpellé à ce sujet lundi, le premier ministre François Legault n’a pas non plus offert de réponse claire, soutient Québec solidaire.                 

Le premier ministre a tout de même déclaré qu’un travailleur qui se plaindra à la CNESST devra démontrer la présence d’un risque pour sa santé à lui. 

«Oui, il peut y avoir une situation spéciale, mais dans le contexte actuel, je ne suis pas trop inquiet que ça va bien se passer», s’est-il contenté de dire en conférence de presse.

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