Questions et réponses sur la situation au Myanmar

DJAKARTA, Indonésie — L’armée birmane a pris le contrôle du pays en vertu d’un état d’urgence d’un an. La leader de facto du pays, la conseillère d’État Aung San Suu Kyi, aurait été arrêtée, tout comme d’autres dirigeants.

Voici possiblement pourquoi l’armée a décidé d’intervenir.

LA CONSTITUTION

L’annonce sur les ondes de Myawaddy TV, une station contrôlée par l’armée, évoquait l’article 47 de la constitution, qui permet à l’armée de prendre le pouvoir en cas d’urgence. La crise du coronavirus et la décision du gouvernement de ne pas reporter à plus tard les élections de novembre dernier ont été évoquées.

Cette constitution a été écrite en 2008 par l’armée, qui conserve le pouvoir au détriment des autorités civiles et démocratiques. L’organisme Human Rights Watch a décrit cette clause comme «un mécanisme de coup d’État en puissance».

La constitution réserve aussi les principaux ministères et jusqu’à 25 % des sièges au parlement à l’armée, ce qui limite le pouvoir du gouvernement civil et exclut tout amendement constitutionnel sans l’accord des militaires.

Certains experts se sont étonnés de voir l’armée venir chambouler une situation qui lui confère autant de pouvoirs, mais d’autres ont souligné la retraite prochaine du général Min Aung Hlaing, qui dirige l’armée depuis 2011.

«Il y a de la politique militaire interne là-dessous, et c’est très opaque, a dit le chercheur Kim Jolliffe. Ça reflète possiblement ces dynamiques et ça pourrait être un coup d’État interne et sa façon de garder le pouvoir au sein de l’armée.»

L’armée a nommé le vice-président Myint Swe, un ancien militaire, comme chef du gouvernement pour la prochaine année.

LES ÉLECTIONS

Lors des élections de novembre 2020, le parti de Mme Suu Kyi a remporté 396 des 476 sièges en jeu dans les deux chambres du parlement. Ces résultats ont été confirmés par les responsables électoraux.

L’armée a rapidement évoqué des millions d’irrégularités dans 314 comtés, notamment des électeurs qui auraient voté plusieurs fois.

«Mais ils (les militaires) n’ont présenté aucune preuve», a dit M. Jolliffe.

La commission électorale a rejeté les allégations la semaine dernière, en expliquant qu’aucune preuve ne les appuie.

L’armée s’est emparée du pouvoir lors de ce qui aurait dû être la première session du parlement depuis le vote. Mme Sun Kyi et les autres parlementaires qui auraient dû être assermentés semblent plutôt avoir été arrêtés.

Myawaddy TV a plus tard annoncé que l’armée organisera des élections après la fin de l’état d’urgence d’un an et remettra le pouvoir au gagnant.

QU’EST-CE QUI SE PASSE EN CE MOMENT?

Les télécommunications ont été presque complètement paralysées lundi. L’accès à internet et au téléphone semblait bloqué dans la capitale. L’accès à internet semblait possible ailleurs au pays, mais les comptes de médias sociaux des usagers étaient temporairement suspendus.

Des points de contrôle de barbelés ont été installés en différents endroits à Rangoon, la plus grande ville du pays, et des unités militaires ont été déployées près d’édifices gouvernementaux, comme l’hôtel de ville.

Les résidants se sont rués vers les guichets automatiques et les vendeurs de nourritures. Plusieurs symboles du parti de Mme Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, ont été retirés des rues, des commerces et des résidences.

ET MAINTENANT?

L’intervention a été rapidement dénoncée par des gouvernements et des organisations internationales, qui déplorent un recul des minces progrès démocratiques du Myanmar.

«Ça porte un coup très dur aux efforts pour présenter le Myanmar comme une démocratie, a dit Linda Lakhdhir, de Human Rights Watch. Sa crédibilité sur la scène internationale a été malmenée.»

On redoute maintenant une nouvelle répression contre les militants des droits de la personne, les journalistes et tous ceux qui osent dénoncer l’armée. Même avant la plus récente prise de contrôle par les militaires, les journalistes, les militants de la liberté de parole et les détracteurs de l’armée étaient souvent poursuivis en justice pour l’avoir attaquée publiquement.

Un sénateur américain a évoqué la possibilité de voir les États-Unis réimposer au Myanmar les sanctions qui avaient été levées lors de la transition vers un gouvernement civil.

– Par Victoria Milko, The Associated Press

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