Questions sur les enfants: les médecins résidents au tribunal pour que ça cesse

MONTRÉAL — La Fédération des médecins résidents et une de ses membres s’adressent à la Cour supérieure pour que cesse une pratique qu’elles jugent discriminatoire. Lors d’entrevues d’embauche, des médecins résidents se font demander s’ils veulent avoir des enfants, par exemple.

La fédération, qui proteste contre cette pratique depuis des années, requiert même des dommages-intérêts punitifs et exemplaires, tant pour elle que pour la Docteure A — une de ses membres qui a dû répondre à de telles questions lors d’une entrevue d’embauche.

Plus précisément, 30 000 $ en dommages-intérêts pour préjudice moral et 50 000 $ en dommages-intérêts punitifs et exemplaires sont réclamés pour la Docteure A. Et cela vise le CISSS des Laurentides (Centre intégré de santé et de services sociaux), où elle avait eu une entrevue d’embauche.

De même, les parties demandent au ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi qu’à la Procureure générale de verser 100 000 $ à la fédération à cause de sa «négligence», de son «immobilisme» et de son «inaction», alors que la pratique est dénoncée depuis plusieurs années.

Elles requièrent aussi 200 000 $ pour la fédération relativement à la «discrimination systémique» dans ce contexte.

Le genre de questions

Dans la requête en injonction permanente, qui vient d’être déposée, la Docteure A relate s’être fait demander: «par curiosité, ton conjoint travaille dans quel domaine?» et «il y a des candidats qui nous disent par exemple: je veux six enfants dans cinq ans. J’aimerais t’entendre là-dessus».

En entrevue, le président de la Fédération des médecins résidents, le docteur Christian Campagna, a expliqué y voir une forme de discrimination et de non-respect de la vie privée des jeunes médecins, puisqu’ils sont questionnés sur leur vie familiale, comme si cela était un obstacle à l’employabilité, au plein dévouement à sa carrière.

«Dans une entrevue d’embauche normale, on s’attendrait à se faire poser des questions comme: ‘quel est le type d’emploi que tu souhaites avoir?’ ou ‘c’est quoi l’impact que tu souhaites avoir dans notre région, dans notre milieu?’ Mais le genre de questions dévie trop souvent et trop rapidement vers: ‘on aimerait ça savoir c’est quoi ta planification familiale?’ Ou ‘vous, docteur, est-ce que c’est une priorité pour vous avoir des enfants?’ ‘Avez-vous un conjoint?’ ‘Votre conjoint, il fait quoi dans la vie? Est-ce qu’il va vous suivre si vous venez travailler avec nous?’ », a illustré le docteur Campagna.

De telles questions ou commentaires ont été adressés aux jeunes médecins à plusieurs occasions dans plusieurs régions, aux femmes et aux hommes, a-t-il rapporté. «On a des régions plus difficiles que d’autres, mais ça a été visible à la grandeur de la province.»

Formation requise

Cela fait quelques années déjà que la fédération se plaint de la situation, jusqu’au ministère de la Santé, mais rien ne change, a-t-il déploré.

La fédération et la Docteure A ont donc décidé de déposer une requête en injonction permanente, afin que cesse cette pratique. Elles requièrent précisément que soit envoyée «sans délai» à tous les CISSS et les CIUSSS «une directive claire insistant sur l’importance de la préservation des droits fondamentaux des médecins résidents lors des entrevues» d’embauche ou pour d’autres types d’autorisations de pratique.

Elles demandent également au ministère d’élaborer un programme de formation pour les membres des CISSS et des CIUSSS, en collaboration avec la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Le docteur Campagna a bien indiqué que si la fédération et son membre gagnaient leur cause, ils ne conserveraient pas les sommes demandées. Celles-ci seraient remises à un organisme qui a pour mandat de défendre les droits de la personne.

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