Quinze ans plus tard, Québec solidaire doit se préparer au pouvoir, selon Khadir

MONTRÉAL — Quinze ans après sa création, Québec solidaire (QS) doit se préparer à prendre le pouvoir dès 2022, selon le tout premier député du parti, Amir Khadir, qui a accroché ses patins de la politique en 2018.

En entrevue samedi, M. Khadir, qui était aux premières loges de la fondation de QS, s’est réjoui que sa formation politique «marginale» au départ soit devenue «incontournable» et «l’alternative majeure» de gauche à Québec.

En 2006, le parti Québec solidaire a été fondé à la suite de la fusion entre l’Union des forces progressistes (UFP), duquel M. Khadir était porte-parole, et Option citoyenne, le parti féministe de Françoise David.

Lors de son premier test électoral aux élections générales de 2007, le parti obtient moins de 4 % du vote populaire et ne réussit pas à élire de député. Onze ans plus tard, en 2018, le portrait est totalement différent: il réussit à arracher 16 % des voix, fait élire dix députés et il représente maintenant la deuxième opposition à l’Assemblée nationale.

«C’est un parti qui a su relever le défi de l’institutionnalisation jusqu’à maintenant», a expliqué Éric Montigny, professeur adjoint au département de science politique de l’Université Laval.

«C’est-à-dire qu’il y a eu de la croissance depuis sa fondation, il y a eu une présence soutenue à l’Assemblée nationale au point de devenir un groupe parlementaire reconnu, ce qui n’est pas banal pour un parti politique qui se veut antisystème.»

Mais cela amène des défis, prévient M. Montigny, puisque le parti devra assurer une liaison entre l’aile parlementaire «qui travaille dans les institutions» et sa base militante «clairement antisystème».

Or, selon M. Khadir, Québec solidaire a réussi à assurer l’unité de ses troupes malgré des désaccords, notamment sur la laïcité et la question nationale.

Et il avance que la polarisation droite-gauche à Québec avantagera QS, au détriment d’un parti plus au centre comme le Parti québécois.

«Dans cette nouvelle polarisation, c’est Québec solidaire qui m’apparaît comme étant l’alternative de gauche, l’alternative de l’alternance à l’avenir, a-t-il soutenu. C’est pour ça que moi je pense que les gens de Québec solidaire doivent être aujourd’hui prêts à ce que tout arrive en 2022.»

Changer la structure politique

M. Montigny souligne qu’à l’instar de la Coalition avenir Québec (CAQ) et la défunte Action démocratique du Québec (ADQ), Québec solidaire a aidé à «changer l’axe structurant pour la politique québécoise».

«Avant Québec solidaire, l’ADQ et la CAQ, ce qu’on avait comme politique, c’était des oui et des non à l’indépendance, qui structurait le débat politique», a-t-il indiqué.

«L’arrivée de Québec solidaire à la suite de l’ADQ et de la CAQ, ce qu’on a vu c’est un éclatement de ce clivage-là « oui non à l’indépendance », au profit d’axes plus multiples comme par exemple tous les enjeux associés à la gauche et la droite.»

Selon ce spécialiste, Québec solidaire devra toutefois affronter plusieurs embûches en vue de la prochaine campagne.

Par exemple, un parti qui aspire au pouvoir fait davantage face à un barrage de questions et ses propositions seront scrutées de plus près.

Et QS doit augmenter ses appuis jusqu’au prochain scrutin, ce qui n’est pas nécessairement le cas en ce moment, indique M. Montigny.

Un parti plus au centre?

Québec solidaire peut-il accéder au gouvernement sans se recentrer dans le débat politique? 

«L’électorat médian n’est pas très à gauche au Québec», souligne M. Montigny. 

Selon lui, ce sera tout un défi pour le parti de remporter les élections sans se recentrer dans le débat.

L’ancien député Amir Khadir, lui, croit que le parti ne doit pas faire de compromis dans le but de chercher le pouvoir à tout prix.

«Il y a un gain à être clair sur les fondamentaux, de ne pas faire de compromis inutile juste parce qu’on est pressés de saisir le pouvoir», a-t-il soutenu.

«Moi je dis: patience, mais en même temps agilité et ouverture pour capter des opportunités sans faire de compromis sur l’essentiel.»

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