Quiproquo et mauvaise communication ont mené à l’annulation du défilé de la fierté

MONTRÉAL — Chargé de mener une enquête sur le fil des événements ayant conduit à l’annulation du défilé de la fierté, prévu en août dernier, Philippe Schnobb a rendu public son rapport mercredi. Il conclut qu’un «quiproquo» et une «mauvaise communication» ont mis la direction de Fierté Montréal devant le fait accompli sans même qu’elle puisse prendre une décision.

«Je conclus que le défilé a été annulé à cause d’un quiproquo, après une série d’échanges chaotiques, causés par des problèmes de communications», peut-on lire dans le rapport de 25 pages concocté à la demande de la Ville de Montréal.

Selon M. Schnobb, qui dit avoir interrogé une soixantaine de personnes, le sentiment d’urgence a compliqué davantage la situation et aurait poussé certaines personnes à prendre des décisions trop rapides. Il note que la plupart des discussions se sont déroulées par téléphone alors qu’une réunion en cellule de crise aurait possiblement permis de résoudre le problème.

Par ailleurs, le tout s’est déroulé dans une telle précipitation que le directeur général de l’événement et son équipe n’ont même pas pu prendre de décision sur le sort du défilé.

Ils «se sont retrouvés devant un fait accompli», rapporte M. Schnobb. «Le défilé a été annulé sans qu’ils en donnent l’autorisation. À 8 h 53, le DG n’a d’autre choix que d’autoriser la publication du communiqué qui confirme le tout», précise l’ancien président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal.

À ce moment, avant même la publication officielle de la direction sur les réseaux sociaux, l’information circulait déjà dans divers médias.

Le vérificateur spécial ajoute à ses conclusions que le défilé «n’a pas été annulé volontairement ni malicieusement». Il s’agirait plutôt d’une histoire d’informations mal comprises qui ont fini par couler à l’externe, menant à l’annulation de l’événement phare sans qu’une personne en position d’autorité ait pris de décision formelle.

Le rapport propose donc à l’organisme de mettre à jour sans délai son plan de mesures d’urgence.

Parmi les causes à l’origine de tout ce chaos, M. Schnobb affirme qu’une personne clé au sein de l’organisation a manqué d’encadrement et s’est retrouvée surchargée de travail en raison d’un manque de ressources. C’est ce qui aurait mené à l’oubli de procéder au recrutement suffisant de bénévoles chargés d’assurer la sécurité du parcours.

Toujours selon le rapport intitulé «Analyse des circonstances entourant l’annulation du défilé de Fierté Montréal le 7 août 2022», le contexte entourant la pandémie de COVID-19 a rendu encore plus difficile le recrutement de main-d’œuvre dans tous les festivals montréalais organisés au cours de l’été.

Afin d’éviter qu’un tel scénario se répète, Philippe Schnobb suggère notamment une révision en profondeur de la gouvernance de Fierté Montréal. Cette gouvernance aurait été «fragilisée» par le départ de certains membres fondateurs de l’organisme.

M. Schnobb recommande la mise en place d’une gouvernance «plus efficace, plus ouverte et plus transparente». Il note d’ailleurs que l’assemblée générale compte moins de 20 membres et que le conseil d’administration doit être «professionnalisé».

Par voie de communiqué, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, dit espérer que ce rapport «contribuera à rétablir la confiance du public envers (Fierté Montréal)». L’organisme serait d’ailleurs déjà au travail pour mettre en place les recommandations formulées par M. Schnobb.

«Nous accueillons ce rapport d’analyse avec ouverture et humilité et nous souhaitons remercier M. Schnobb pour le respect et la transparence avec lequel il a réalisé ce mandat», a réagi le président du conseil d’administration de Fierté Montréal, Moe Hamandi, dans le même communiqué de presse.

Chronologie d’un chaos

7h46: Rassemblement du personnel. On constate que les 96 agents d’accueil nécessaires à l’encadrement du parcours n’ont pas été recrutés. On mise tout de même sur 104 bénévoles et un soutien policier.

8h03: Conversation entre deux personnes clés sur le manque d’effectifs. Un quiproquo pousse une de ces deux personnes à annoncer l’annulation du défilé à l’externe.

8h04: Le DG, qui ignore la fuite de l’information, demande par téléphone à ce que tout le monde reste en «standby».

8h12: En raison du quiproquo, le SPVM est informé de l’annulation du défilé et démobilise le personnel policier.

8h41: La nouvelle de l’annulation est annoncée à la radio et dans plusieurs médias.

8h43: Arrivée du DG qui gérait la situation à distance. Il est mis devant le fait accompli.

8h53: Fierté Montréal confirme l’annulation du défilé.

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