Racisme: des dirigeants de l’armée s’excusent et lancent une enquête sur un mème

OTTAWA — Une enquête a été ouverte au sein des Forces armées canadiennes après qu’eurent surgi des allégations selon lesquelles un militaire a fait circuler des images racistes, au moment même où de hauts dirigeants présentent leurs excuses pour la lenteur avec laquelle ils ont réagi aux enjeux de racisme systémique dans leurs rangs.

Le chef d’état-major, le général Jonathan Vance, et la sous-ministre de la Défense nationale, Jody Thomas, n’ont pas livré de détails sur ces allégations, sauf que l’incident se serait produit au Québec et que les images offensantes ciblaient plus spécifiquement les personnes noires.

La tenue de l’enquête a été annoncée vendredi dans un message à l’intention du personnel militaire.

Le général Vance et la sous-ministre y assurent leur détermination à éradiquer le racisme au sein des Forces armées canadiennes et reconnaissent que les structures sociales qui sous-tendent la nation canadienne privilégient les Blancs de manière disproportionnée.

Les deux signataires ont aussi affirmé qu’aucun membre ou employé de l’armée ne devrait éprouver le sentiment de ne pas être le bienvenu «dans une pièce, à un atelier, dans une salle d’exercices, dans un navire ou sur un terrain d’aviation».

Tous devraient pouvoir se sentir en sécurité «et traités avec la dignité humaine et le respect que nous défendons et protégeons au quotidien, au service du Canada», ont-ils souligné. 

L’incident allégué fait l’objet d’une enquête de la police militaire et devrait être examiné par «des acteurs du système juridique militaire ou civil».

Le «mème» raciste a été mentionné jeudi, lors d’une table ronde entre Mme Thomas, le général Vance et des représentants de plusieurs groupes consultatifs mis en place par le ministère de la Défense afin de se pencher, entre autres, sur le rôle des femmes, des minorités visibles, des personnes en situation de handicap et des peuples autochtones dans l’armée.

Richard Sharpe, un fonctionnaire de longue date et cofondateur du Caucus des employés fédéraux noirs, a alors soulevé la diffusion du mème, dont il a remis une copie à La Presse canadienne dimanche.

«C’est la pointe de l’iceberg en ce qui concerne certains des éléments racistes et suprémacistes blancs qui existent dans l’armée et dont ils doivent s’occuper s’ils veulent que l’armée soit viable dans un Canada de plus en plus diversifié», a-t-il fait valoir en entrevue. 

La table ronde a coïncidé avec la vaste mobilisation aux États-Unis et au Canada dans la foulée de la mort de l’Afro-Américain George Floyd aux mains de policiers le mois dernier.

L’objectif principal de la discussion était d’aborder le problème de racisme systémique au sein du ministère de la Défense et des forces armées, tandis que ces dernières travaillent à recruter davantage de personnes racisées afin de mieux refléter le Canada à l’étranger.

En janvier dernier, environ 9,2 % des membres des Forces armées canadiennes faisaient partie de minorités visibles, une hausse de près de 2 % par rapport à trois ans plus tôt. L’armée se donne pour cible un taux de 11,8 %.

Dans leur lettre, la sous-ministre Thomas et le général Vance ajoutent qu’ils sont conscients des profondes peines, frustrations et de la détresse vécues au cours des dernières semaines par les membres noirs et autochtones de l’Armée et du ministère de la Défense nationale; ils s’excusent pour ne pas s’être officiellement adressés à eux plus tôt.

«Nous comprenons que le mème est d’autant plus préjudiciable, car il écarte et rejette l’indignation ressentie par de nombreux membres noirs de notre famille militaire qui ont été témoins des événements qui se sont déroulés aux États-Unis et au Canada», ont-ils écrit.

«Nos déclarations publiques sur Twitter ne remplacent pas les communications internes envoyées directement à nos membres. Nous sommes conscients que vous êtes nombreux à avoir été blessés et désillusionnés par ce retard de communication et nous nous engageons à faire mieux à l’avenir.»

Ils ont ensuite présenté une série de mesures à court terme — y compris un meilleur mécanisme de dénonciation, la création d’espaces sûrs pour les employés et les militaires noirs ainsi que la tenue d’une deuxième table ronde — tout en disant rechercher des solutions à plus long terme.

Au cours des deux dernières années, les forces armées ont été criblées de rapports et de dures révélations à propos des liens entretenus par certains militaires avec des suprémacistes blancs et néonazis, ce qui a soulevé des questions — et des critiques — sur la façon dont ces cas sont gérés.