Racisme: Un gardien de prison ontarien dit que deux collègues l’ont attaqué

Un agent correctionnel ontarien prétend qu’il a été agressé sur son lieu de travail par deux collègues après qu’il a formulé des commentaires concernant la mort tragique de George Floyd à Minneapolis, selon une plainte dont La Presse canadienne a obtenu une copie.

Les allégations ont entraîné le déclenchement d’une enquête des policiers et une autre du ministère du Solliciteur général.

Cet incident se serait produit le 3 juin au Centre correctionnel Maplehurst de Milton, en Ontario, lorsque Steven Smith, un agent correctionnel noir, a déclaré qu’il avait entendu un collègue «rire de la mort de George Floyd» avec un autre collègue, indique la plainte formulée par Smith et présentée au ministère.

«J’ai entendu l’agent correctionnel Barton parler à la blague du genou qui a tué George Floyd, a écrit M. Smith. J’ai aussi vu que lorsque l’agent correctionnel Barton a réalisé que j’avais entendu ses propos, [il] était embarrassé, mais il ne s’est pas excusé et a pouffé de rire.» 

Un peu plus tard cette journée-là, M. Smith s’est dirigé vers la salle de rassemblement pour retourner sa ceinture de service lorsqu’il a remarqué que l’agent Barton et l’agent Normor, qui sont blancs, se trouvaient derrière lui, possiblement en route vers la salle de rassemblement également, pouvait-on lire dans le rapport.

M. Smith a tenu la porte ouverte aux deux hommes après être entré dans la salle, et c’est à ce moment-là que l’agent Barton s’est précipité dans sa direction «comme s’il voulait se battre», précise-t-on dans le document.

«Lorsque l’agent correctionnel Barton a posé ses mains sur moi et s’est penché dans ma direction, j’ai trouvé qu’il avait adopté un comportement très agressif et ça m’a surpris», a dit M. Smith dans le rapport.

M. Smith avance que Barton a tenté de le projeter au sol, et lorsqu’il est parvenu à repousser Barton, Normor a sauté dans la mêlée.

«L’empoignade est ensuite devenue un combat à deux contre un entre moi et les agents correctionnels Normor et Barton, a écrit M. Smith. J’ai entendu les agents correctionnels Normor et Barton crier ‘menotte-le, menotte-le!’»

M. Smith a refusé de commenter la situation à La Presse canadienne. Les agents Barton et Normor, dont les prénoms ont été retirés de la plainte, n’ont pu être joints.

Le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario, qui représente les agents correctionnels de la province, a refusé de commenter, puisque l’incident fait l’objet d’une enquête des autorités provinciales.

Le représentant syndical local au Centre correctionnel Maplehurst n’a pas répondu aux demandes de transmettre des messages aux agents. Le directeur de Maplehurst a refusé de commenter, et a refusé de transmettre des messages aux agents impliqués.

Le ministère du Solliciteur général a mentionné qu’il enquête sur l’incident, et s’est référé au service de police de Halton.

«Le ministère a une politique de tolérance zéro en matière de racisme, de crime haineux ou de discrimination dans toutes ses formes, a déclaré la porte-parole Kristy Denette. Le ministère prend les allégations de harcèlement et de discrimination très au sérieux. Nous continuons nos efforts pour promouvoir le professionnalisme et le respect de tous sur les lieux de travail, ce qui comprend le respect des politiques et directives gouvernementales.»

Le représentant du service de police de Halton, Steve Elms, a mentionné que les enquêteurs ont pratiquement complété leur dossier, et qu’ils ont visionné des bandes vidéo de l’incident.

«Il n’y aura probablement pas d’accusations», a noté M. Elms, bien qu’il a précisé que l’enquête «n’est pas complétée à 100 pour cent».

Jacqueline Edwards, la présidente de l’Association of Black Law Enforcers, a souligné que son organisation scrute de très près l’enquête du ministère et qu’elle a envoyé une lettre au solliciteur général.

«S’il est confirmé que l’incident s’est produit pour des motifs raciaux, cela créerait ou renforcerait davantage le sentiment que les personnes de couleur au sein du ministère ne sont pas en sécurité et sont soumises au racisme institutionnel sur le lieu de travail», a-t-elle évoqué.

«L’important n’est pas d’entraver l’enquête, mais de s’assurer qu’ils savent que nous les surveillons — nous sommes très intéressés, parce que beaucoup de nos membres travaillent pour ce ministère.»