Rapport canadien sur le drame du vol 752 en Iran: familles de victimes insatisfaites

Alireza Ghandchi, l’homme dont la famille a été anéantie par la catastrophe du vol 752 opéré par Ukraine International Airlines survenue le 8 janvier 2020, se dit à la fois déçu et en colère du rapport officiel sur l’incident qui a été publié jeudi sur le portail d’Affaires mondiales Canada. 

L’analyse du gouvernement du Canada fait état d’une série d’actions et d’omissions dangereuses des autorités iraniennes qui ont mené à la catastrophe qui a fait 176 morts. Elle évoque aussi l’imprudence et l’incompétence des autorités iraniennes ainsi que de leur mépris total pour la vie humaine pour avoir négligé d’informer les compagnies aériennes que ses systèmes de défense aérienne étaient en état d’alerte avant de tirer des missiles.  

Parmi les 176 personnes qui étaient à bord de l’avion touché par un missile iranien se trouvaient 55 citoyens canadiens, 30 résidents permanents et des dizaines d’autres personnes ayant des liens directs avec le Canada.   

L’écrasement du Boeing 737-800 a causé la mort de l’épouse d’Alireza Ghandchi, de sa fille de 15 ans Dorsa et de son fils de 8 ans Daniel. 

Le résident de Richmond Hill, en Ontario, signale que les familles éplorées auraient voulu que les autorités canadiennes aient accès aux enregistrements des échanges verbaux entre les commandants militaires iraniens et leurs opérateurs de missiles.  

Alireza Ghandchi déplore qu’il demeure incapable de connaître la teneur des décisions ayant mené au bombardement de l’avion civil. Le rapport publié 17 mois après la tragédie ne contient, dit-il, que des choses que les familles des victimes savaient déjà.  

En revanche, Arman Abtahi, en deuil de son frère Mehran, qui était étudiant au post-doctorat à l’Université de la Colombie-Britannique, reconnaît que le rapport confronte certaines des versions des autorités iraniennes et qu’il contient certains éléments positifs.  

Mehrdad Taheran, un ami de Mehran Abtahi, signale toutefois que le rapport ne lui indique pas comment il se fait que le système de détection n’ait pu reconnaître que l’avion abattu était un appareil civil.  

Kourosh Doustshenas, un résident de Winnipeg dont la fiancée de 39 ans, Forough Khadem, fait partie des victimes, a déclaré qu’il n’avait aucune confiance en l’Iran pour qu’il offre une véritable coopération. Il se demande ce que le pays peut faire d’autre contre un régime voyou comme celui de l’Iran.   

Kourosh Doustshenas demande au Canada de faire pression sur l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal, pour qu’elle condamne l’Iran. La semaine dernière, le ministre canadien des Transports, Omar Alghabra, a dénoncé le régime lors d’une réunion du conseil de l’OACI, provoquant la colère du ministère iranien des Affaires étrangères.   

Quant à l’Association des familles des victimes du vol PS752, elle se félicite du rapport qui, à son avis, expose le mépris du régime iranien pour la vie humaine, son incapacité à révéler la vérité et à rechercher la justice, et l’oppression des familles des victimes.   

L’association salue l’engagement du Canada dans ce rapport à rechercher la vérité et la justice, y compris devant la Cour internationale de justice, et appelle la communauté internationale à tenir la République islamique pleinement responsable de ce qu’elle considère être le meurtre délibéré de leurs proches.   

Le rapport s’appuie sur l’enquête dirigée par un ancien directeur adjoint du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Jeff Yaworski. L’analyse a été rédigée à partir de renseignements de sécurité et d’informations fournies par l’aviation civile iranienne. L’Iran avait d’ailleurs empêché le Canada et l’Ukraine d’envoyer leurs propres enquêteurs pour collaborer à l’enquête sur le site de l’écrasement.   

La publication du rapport survient trois mois après que le Canada ait rejeté catégoriquement le rapport des autorités iraniennes qui jetait le blâme sur une erreur humaine pour expliquer que des missiles aient été tirés par les Gardiens de la révolution islamique en direction d’un vol commercial quelques minutes après son décollage de Téhéran.   

L’équipe d’enquête canadienne craint que la tragédie se reproduise puisque l’Iran n’a toujours pas apporté de correctifs à certaines lacunes. Elle suppose donc que les aéronefs civils qui circulent dans l’espace aérien de l’Iran s’exposent encore à des risques.

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