Rapport d’enquête sur un orphelinat pour les Noirs en Nouvelle-Écosse

HALIFAX — Une enquête provinciale sur des décennies de sévices commis dans un orphelinat pour enfants noirs de la Nouvelle-Écosse recommande la création d’une commission indépendante pour les enfants et la jeunesse dans cette province.

Mais les auteurs de cette enquête de quatre ans sur le «Foyer pour enfants de couleur de la Nouvelle-Écosse», à Dartmouth, estiment que le nouvel organisme provincial devrait adopter une «approche réparatrice», contrairement au modèle utilisé dans les autres provinces pour la protection de la jeunesse.

Ouvert en 1921, cet «orphelinat pour enfants de couleur», fermé en 1978, est devenu le symbole de la lutte incessante contre le racisme et la discrimination en établissements en Nouvelle-Écosse. L’enquête a révélé que les sévices y avaient perduré pendant des décennies grâce à une culture du silence et de la honte. Les commissaires concluent que le racisme systémique en Nouvelle-Écosse continuait de nourrir une méfiance et une peur à l’endroit des organismes publics.

D’anciens résidants ont en effet déclaré à la commission d’enquête qu’ils s’étaient sentis abandonnés par un système pourtant conçu pour les protéger, ce qui avait permis aux mauvais traitements de se poursuivre impunément pendant si longtemps. D’anciens résidants ont décrit notamment le traumatisme lié à leur arrivée à l’orphelinat — des policiers et des travailleurs sociaux leur disant simplement qu’ils «allaient faire un tour d’auto» ou «magasiner». Certains membres du personnel dressaient aussi les enfants les uns contre les autres.

En 1998, un ex-résidant du foyer, Tony Smith, a brisé l’omerta et a lancé une campagne visant à rendre justice à ceux qui étaient victimes de violence psychologique, physique et sexuelle. Or, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a abandonné son enquête en décembre 2012, expliquant qu’elle avait des difficultés à corroborer les allégations de 40 plaignants dispersés au Canada — en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Ontario et en Alberta.

M. Smith a persévéré et le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a fini par l’entendre: le 14 octobre 2014, le premier ministre Stephen McNeil a présenté les excuses officielles de la province aux anciens résidants de l’infâme orphelinat. Une série d’actions collectives ont par ailleurs abouti à des règlements d’une valeur de 34 millions $. Le premier ministre McNeil a créé une commission d’enquête à la fin de 2015, dotée d’un budget de 5 millions $.

Approche réparatrice

Tony Smith, qui faisait partie de la commission, a déclaré jeudi que l’enquête avait utilisé une approche unique et collaborative incluant des «cercles de partage» avec d’anciens résidants, de jeunes Noirs, des organismes communautaires et des prestataires de soins de santé, entre autres.

Dans son rapport final de 556 pages, publié jeudi, l’enquête recommande qu’une nouvelle commission de protection des enfants et de la jeunesse adopte une approche réparatrice centrée sur la personne, plutôt que de reprendre le modèle utilisé dans la plupart des autres provinces, avec son approche des «témoignages contradictoires». Cette «approche réparatrice», utilisée d’ailleurs par la commission d’enquête, exige un changement fondamental dans la manière dont les institutions de la Nouvelle-Écosse traitent les citoyens les plus vulnérables, indique-t-on.

Le rapport ne fournit pas de liste de recommandations concrètes sur ce qu’il faut faire ensuite. On propose plutôt une sorte de feuille de route pour casser ce que l’on décrit comme l’«approche fragmentée» adoptée par les différents ministères sur cette question.

La coprésidente de la commission d’enquête Pamela Williams, juge en chef de la Cour provinciale et de la Cour de la famille, a déclaré jeudi qu’elle souhaitait que la province «soutienne ce changement pour que ce soit l’individu, et non le système, qui soit au centre de l’univers».

Le premier ministre McNeil a indiqué que c’est ce que son gouvernement avait l’intention de faire. «Il s’agit vraiment de démolir les silos au sein du gouvernement», a-t-il déclaré. «J’avais promis aux enfants de ce foyer que leurs voix seraient entendues: aujourd’hui, elles le sont.»