Rapport Laurent: intervenantes soulagées d’être entendues, mais en attente de Legault

MONTRÉAL — Les intervenantes en centres jeunesse ont été soulagées d’entendre la Commission Laurent répéter ce qu’elles disent depuis des années. Leur syndicat, l’APTS, a l’intention de «talonner» le gouvernement Legault pour veiller à ce que les recommandations les concernant soient appliquées.

La Commission Laurent sur les droits des enfants a reconnu que «les intervenantes souffrent», qu’elles sont surchargées de travail, a lancé en entrevue Andrée Poirier, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Cela fait des années que ces intervenantes martèlent qu’elles ont besoin d’aide, qu’elles n’ont pas le temps de s’occuper suffisamment des enfants, des familles, et qu’il faut embaucher, a souligné Mme Poirier.

«S’il y a une chose qu’on peut faire, c’est d’agir rapidement sur les conditions de travail des intervenantes, pour vraiment les attirer, les garder. II faut les former, il faut les soutenir, il faut les encadrer. Il faut assurer leur sécurité. Il faut diminuer leur charge de travail», a plaidé celle qui représente justement des travailleuses sociales, des psychologues et autres dans le système de protection de la jeunesse.

Elle se dit contente que la Commission Laurent l’ait aussi relevé et a l’intention de presser le gouvernement Legault pour qu’il aille au-delà des simples remerciements pour leur dévouement.

«On s’engage à talonner le premier ministre Legault, le ministre délégué Lionel Carmant et (la présidente du Conseil du trésor) Sonia LeBel pour que les recommandations avancées dans cette commission se concrétisent réellement. On veut agir rapidement», insiste Mme Poirier.

La Fédération des familles d’accueil et des ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ) applaudit les recommandations, parlant d’un «pas dans la bonne direction afin d’innover» pour le bien-être et la protection des enfants.

Elle se dit également rassurée de constater que les familles d’accueil ont été «entendues».

«Le rapport lance un signal fort : le virage nécessaire à venir en matière de protection de la jeunesse doit se faire ensemble, en collaboration avec tous les acteurs qui gravitent autour de l’univers des enfants. Et la FFARIQ répondra présente», affirme par communiqué la présidente de l’organisation, Geneviève Rioux.

La FP-CSN salue plusieurs des recommandations du rapport Laurent comme «la reconnaissance de l’importance de la première ligne, la reconnaissance de la surcharge de travail à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ainsi qu’en centres jeunesse et l’importance de la prévention et des déterminants sociaux».

Pour la fédération, la balle est dans le camp du gouvernement qui doit réinvestir en première ligne, en incluant le secteur communautaire ainsi que les Centres locaux de services communautaires (CLSC), et faire plus de prévention.

Les recommandations de la Commission Laurent sont malheureusement encore très loin de la réalité sur le terrain, fait valoir la FP-CSN.

À la DPJ et au Centre jeunesse de Québec, par exemple, on compte encore aujourd’hui une trentaine de postes vacants et 150 postes qui sont présentement affichés, selon le syndicat.

Premières Nations

Du côté de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, on se réjouit que la commission ait réservé un chapitre aux enfants et familles autochtones et qu’elle ait proposé des changements aux lois québécoises pour mieux refléter leur réalité.

Toutefois, les Premières Nations revendiquent une pleine compétence législative en matière de services à la famille et à l’enfance.

«L’heure est venue pour nos nations de décider de l’avenir et du mieux-être de nos familles et de nos enfants grâce à des services à l’enfance et à la famille conçus et administrés par nos propres gouvernements», écrit l’Assemblée dans un communiqué.

Richard O’Bomsawin, chef d’Odanak, va plus loin: «notre objectif premier, en tant que chefs des Premières Nations, est de continuer à porter nos efforts sur le soutien de la compétence des Premières Nations dans l’exercice de leurs droits inhérents en matière de services à l’enfance et à la famille, ce qui comprend la compétence législative en matière de tels services et l’exécution et le contrôle d’application des textes législatifs pris en vertu de cette compétence législative».

L’Ordre professionnel des criminologues, de son côté, s’est réjoui des recommandations de la Commission Laurent, parce qu’elle «place les jeunes au cœur des priorités».

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