Rapport sur le dossier Brian Boucher: «graves problèmes de gestion» par l’Église

MONTRÉAL — L’enquête indépendante commandée sur la gestion par l’Église catholique du dossier de l’ex-prêtre Brian Boucher laisse voir plusieurs manquements, dont celui de plusieurs personnes qui se sont lancé la balle plutôt que d’intervenir.

L’ancien prêtre a été condamné en mars 2019 à huit ans de prison pour des agressions sexuelles sur deux mineurs. Il avait oeuvré dans plusieurs paroisses anglophones de la région montréalaise entre 1985 et 2015.

Le rapport de 283 pages, rédigé par la juge à la retraite Pepita G. Capriolo, évoque de «graves problèmes dans sa gestion (du dossier) par l’Église».

«De nombreuses occasions d’enquêter sur le comportement de Boucher et d’y mettre un terme ont été ratées», conclut la juge retraitée.

Dans le cadre des entrevues qu’elle a faites pour mener à bien son enquête, elle rapporte avoir souvent entendu des prétextes du genre «ce n’était pas mon département» ou «je n’étais pas en charge», comme si les gens se relançaient la balle.

L’ex-juge souligne que jusqu’en 2016, personne n’avait allégué avoir été victime de sévices sexuels pendant qu’il était mineur de la part de Boucher. Aucun parent n’avait porté à l’attention de ses supérieurs de tels reproches.

Toutefois, «de nombreuses personnes» s’étaient plaintes du comportement de Boucher, pour son intransigeance, son homophobie, sa misogynie, son racisme, ses agressions verbales et physiques. Et ces plaintes «avaient été rapportées à ses supérieurs à répétition», rapporte l’ex-juge.

Il y a cependant eu «des rumeurs au sujet de son intérêt malsain envers de jeunes garçons» dès les années 1980.

À la fin des années 1990, le rapport évoque «une relation intime» avec «un jeune garçon», de même que des «avances sexuelles indésirées» envers un homme de 18 ans et «une relation abusive» avec un étudiant de 19 ans alors sous sa tutelle.

«Si les autorités avaient prêté une attention suffisante» aux plaintes des deux hommes de 18 et 19 ans «quand ils ont été victimes de Boucher, il aurait été possible de mettre fin à ses abus plus tôt», écrit-elle dans son rapport.

Boucher a finalement été envoyé en «traitement psychologique» pour ses comportements, en 1990 et en 2003. Mais, là encore, le rapport a fini par rassurer.

«L’approche thérapeutique remplaçait donc toute action disciplinaire», relate la juge retraitée.

Elle déplore également que plusieurs documents aient disparu, ce qui a compliqué sa tâche.

En conférence de presse aux côtés de l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, la juge à la retraite a déploré également le «souci indu pour la réputation de Boucher», voire «les menaces répétées de Boucher» à l’endroit de tous ceux qui seraient tentés d’enquêter sur lui, sur les événements.

Elle a également déploré la «culture du secret» qui prévalait dans l’Église à l’époque et «l’absence généralisée de trace écrite», puisque plusieurs documents ont disparu.

Recommandations

L’ex-juge formule une série de recommandations pour corriger les manquements,

Entre autres, elle recommande de rendre publique la procédure de plainte sur un site web, par des affiches et des brochures.

Elle conseille aussi de permettre les plaintes anonymes.

Elle recommande également que les plaintes de sévices sur des mineurs soient immédiatement soumises à un comité aviseur, auquel siégeraient un psychologue spécialisé et un «survivant» d’agression.

Elle plaide aussi pour qu’il y ait des sanctions pour manquements au partage d’informations dans de telles situations.

Elle demande aussi de rappeler à tous les membres du clergé, ainsi qu’aux bénévoles, qu’ils ont une obligation de signaler tout abus à l’ombudsman et, s’il s’agit d’un abus sexuel ou physique sur un mineur, à la Direction de la protection de la jeunesse.

Elle recommande également que l’Archidiocèse élabore un «programme éducatif» sur les répercussions des abus et la responsabilité de chacun de les dénoncer et de les prévenir.

Mgr Lépine s’engage

Mgr Lépine s’est engagé à implanter les 31 recommandations du rapport Capriolo d’ici l’automne 2021. La juge retraitée coprésidera même le comité de suivi avec lui.

Il a dit s’être assuré que les personnes montrées du doigt dans le rapport pour leur inaction n’étaient plus en poste aujourd’hui, soit parce qu’elles étaient décédées, soit parce qu’elles avaient pris leur retraite. Et le Vatican a aussi reçu une copie du rapport.

À compter de janvier ou février, d’autres recherches seront effectuées dans les dossiers pour vérifier s’il y a d’autres allégations qui n’ont pas eu de suivi approprié, a ajouté Mgr Lépine.

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