Rareté de main-d’oeuvre: les entrepreneurs en construction résidentielle inquiets

MONTRÉAL — Munie d’un sondage exprimant la préoccupation des entrepreneurs en construction résidentielle quant à la rareté de main-d’oeuvre, l’APCHQ revient à la charge avec ses demandes pour faire modifier certaines règles dans l’industrie.

Le plus récent sondage Léger réalisé pour le compte de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) indique en effet que 70 pour cent des employeurs interrogés dans ce domaine se sont dits menacés ou concernés par la pénurie de main-d’oeuvre dans le secteur résidentiel.

L’an dernier toutefois, ils étaient 88 pour cent à s’être ainsi dits concernés ou menacés par la pénurie de main-d’oeuvre.

Néanmoins, en entrevue mardi, le vice-président aux affaires publiques de l’APCHQ, François Bernier, a souligné qu’ils étaient tout de même 53 pour cent, cette année, à affirmer que la situation s’était détériorée au cours de la dernière année. Et 57 pour cent à croire que la situation va continuer à se détériorer au cours des deux prochaines années.

Il souligne que si certains affirment que la rareté de main-d’oeuvre est surtout l’apanage des emplois mal rémumérés, ce n’est certainement pas le cas dans la construction, où les ouvriers sont bien payés.

Mesures suggérées

M. Bernier estime que l’inquiétude des entrepreneurs est suffisamment manifeste pour adopter des mesures afin de faciliter l’embauche de travailleurs dans la construction résidentielle.

Entre autres, il suggère de changer l’actuel ratio compagnon-apprenti, qui est de 1 pour 1, pour le remplacer par un ratio de 2 apprentis pour 1 compagnon d’un même métier.

De même, M. Bernier propose d’être moins strict sur l’ouverture des bassins de main-d’oeuvre — une pratique qui est encadrée par certaines règles pour faire entrer des travailleurs dans certains métiers, dans certaines régions, lorsqu’il y a pénurie.

Aussi, il voudrait que l’on permette que chaque salarié puisse réaliser des tâches connexes à celles de son métier, donc décloisonner les métiers. «Que quelqu’un puisse compléter son travail même si ce n’est pas dans sa définition de tâches: s’il pose une vanité, il aurait le droit d’accrocher le miroir par-dessus», a illustré M. Bernier.

Le porte-parole de l’APCHQ invite le ministre du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet, à agir. «On croit que le ministre du Travail, devant le constat que ça fait un an que les parties peut-être jasent, mais n’accomplissent rien, il est peut-être temps qu’il montre qu’il est intéressé à avoir des solutions devant lui, à court terme. Sinon, qu’il en propose lui-même; il a les pouvoirs de le faire», a lancé M. Bernier.

Les syndicats de la construction ont déjà émis des doutes quant à la réalité de la pénurie de main-d’oeuvre, puisque certains ouvriers n’accumulent pas un si grand nombre d’heures de travail annuellement. Ils estiment surtout que les «solutions» proposées par les associations d’entrepreneurs visent souvent à rogner sur leurs conditions de travail, comme en décloisonnant les métiers.

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