Rareté de main-d’oeuvre: un phénomène «là pour rester» à moins d’une récession

MONTRÉAL — Le Québec comptait à peu près le même nombre de chômeurs en 2019 qu’en 1976, alors qu’il avait 2,4 millions d’habitants de plus qu’en 1976.

Cette statistique étonnante est issue du dernier Bilan 2019 de l’emploi au Québec préparé par l’Institut du Québec. Elle illustre bien à quel point le marché du travail a changé au Québec.

Le taux d’emplois vacants atteint 3,6 pour cent au Québec — le taux le plus élevé au pays avec la Colombie-Britannique, à 4,5 pour cent.

Ainsi, il y a eu au Québec en 2019 une création nette de 57 400 emplois, dont 51 700 à temps complet.

Là pour rester

En entrevue avec La Presse canadienne mercredi, Jean-Guy Côté, coauteur de l’étude et directeur associé de l’Institut, n’y va pas par quatre chemins: le phénomène de la rareté de main-d’oeuvre est là pour rester, à moins qu’il y ait récession.

«Il y a une adaptation à y avoir, parce qu’il y a plusieurs mesures qui ont été mises en place, dans les dernières années, et l’aiguille ne bouge pas tant que ça. Donc, c’est un panier de mesures qui doivent répondre à ça: ce sont les travailleurs vieillissants, c’est l’immigration, ce sont les assouplissements divers au niveau du temps de travail et ramener des gens sous-représentés. Ce sont plusieurs choses. Mais sans mesure agressive, il va falloir un peu vivre avec cette réalité-là dans les prochaines années», a prévenu M. Côté. 

Industries

La croissance des emplois a surtout été remarquée dans les secteurs des services (un gain de 41 100 emplois) et de la construction (une croissance de 21 300 emplois), puis des soins de santé et assistance sociale.

Les deux industries qui suivent sont la production de biens, puis les finances, assurances, services immobiliers et de location.

Secteur public

Les emplois ont surtout été créés dans le secteur privé, mais, autre fait intéressant, il y a eu croissance de l’emploi dans le secteur public en 2019, contrairement à 2018.

«Les gains réalisés en matière de créations d’emplois dans ce secteur (public) ont été tels qu’ils ont permis de combler les pertes encourues l’année précédente. Ce revirement de situation va de pair avec la hausse des dépenses de programmes prévues dans les budgets provincial et fédéral au-delà de l’inflation», écrit l’Institut.

Montréal-régions

Autre phénomène intrigant de cette étude: le nombre d’emplois n’a à peu près pas bougé à Montréal, en 2019, alors qu’il a crû dans le reste de la province. Ainsi, de la fin 2018 à la fin 2019, on parle d’une stabilisation de l’emploi à Montréal, mais d’une croissance de 2,3 pour cent à Saguenay, de 0,6 pour cent à Québec, de 4,1 pour cent à Trois-Rivières, de 5,1 pour cent à Sherbrooke et de 8,3 pour cent à Ottawa-Gatineau.

Étonnamment, c’est aussi le contraire de ce qui avait été observé en 2018 et lors des années précédentes, lorsque Montréal s’en était mieux tirée que les autres régions.

Immigration

Autre nouvelle intéressante: l’intégration en emploi des immigrants est mieux réussie. L’écart entre les taux de chômage des natifs et des nouveaux arrivants a encore rétréci en 2019.

«On rattrape rapidement les taux observés ailleurs au Canada après cinq ans. Donc, il y a quelque chose qui se passe au niveau des premières années. Ce sont les premières années qui sont les plus difficiles et, un moment donné, ça se tasse», a illustré M. Côté.