Une Guatémaltèque visée par un ordre de déportation demeurera détenue

MONTRÉAL — Lucy Francineth Granados, une Guatémaltèque sans-papiers qui vit au Québec depuis de nombreuses années, devra demeurer détenue en attendant sa déportation.

Une audience a eu lieu mercredi matin pour trancher la question, devant la Commission de l’immigration et du statut des réfugiés à Montréal.

Mme Granados devait être déportée, mardi, mais son hospitalisation la veille avait forcé le report de son départ. Elle avait été hospitalisée d’urgence, parce qu’elle vivait beaucoup de stress et aurait perdu connaissance, avait indiqué Viviana Medina, du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI).

Plusieurs manifestants et membres de différents organismes communautaires s’étaient rassemblés en matinée devant le complexe Guy-Favreau, où avait lieu l’audience. Ils souhaitent maintenant l’annulation de l’ordre de déportation pour cette femme très active dans sa communauté.

Lucy Francineth Granados a fait de Montréal sa ville de résidence depuis neuf ans. Elle travaille comme organisatrice communautaire pour les droits des autres sans-papiers et travailleurs temporaires. Elle est le seul soutien financier de ses trois enfants, qui demeurent toujours au Guatemala.

«Trois ans après (son arrivée), sa demande de réfugié a été refusée par la Commission, explique Mary Foster, de Solidarité sans frontières. Elle a jugé qu’elle n’avait pas le choix. Elle a décidé, malgré le fait qu’il soit très difficile de rester ici au Canada sans papier, que cette vie est meilleure que de retourner là-bas où elle n’aurait aucun moyen (de subvenir aux besoins de ses enfants et de vivre.»

Elle a été arrêtée chez elle le 20 mars dernier et est demeurée détenue depuis au Centre de prévention de l’immigration de Laval. Selon Mary Foster, l’arrestation s’est faite de manière violente.

«C’est une femme d’âge mûr qui se trouvait seule dans son appartement. Il n’y avait aucune raison de la malmener comme cela. Elle n’est évidemment pas une menace pour qui que ce soit», estime Bill Van Driel, qui connaît bien Mme Granados et qui manifeste pour sa libération depuis l’arrestation de mardi dernier.

«Je suis allé moi-même la visiter au centre de détention et c’était visible, juste à la regarder. Je ne suis pas médecin, mais je pouvais voir à quel point son bras était enflé (…), il faisait près du double de l’autre. Et on ne lui avait même pas donné de glace à mettre dessus.»

Selon Mary Foster, des demandes ont été faites auprès des ministres fédéraux de l’Immigration et de la Sécurité publique, mais celles-ci sont restées lettres mortes jusqu’à maintenant.

«Depuis lundi soir, le ministre fédéral de l’Immigration a le dossier de Lucy entre ses propres mains, pourquoi il ne se prononce pas? Pourquoi il la laisse dans cette situation de stress et d’incertitude, qui joue avec sa santé mentale et physique?», demande-t-elle.

La déception était palpable dans sa voix à la suite de la décision de la Commission de l’immigration de garder Mme Granados détenue, mais la militante assure qu’elle ne baissera pas les bras.

«On va continuer à mettre de la pression sur les ministres. Elle est dans un état de santé très fragile avec tout ce qui est arrivé. Son état de santé va même se détériorer davantage à cause de la prolongation de sa détention», croit-elle, ajoutant qu’elle est prête à se tourner vers l’ONU dans l’espoir que de la pression soit mise sur le Canada dans ce dossier.

Une conférence de presse sera par ailleurs organisée jeudi midi, au bureau de la Fédération des femmes du Québec, pour faire état de la situation.

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