Rassurer la population sur les vaccins: une tâche ardue pour la santé publique

OTTAWA — Les effets imprévus apparents de l’Oxford-AstraZeneca compliquent la tâche des responsables de la santé et des experts médicaux qui veulent convaincre la population de la sûreté des vaccins.

Au cours de la dernière semaine, les deux plus hauts responsables de la santé publique canadienne, la Dre Theresa Tam et le Dr Howard Njoo ont tenté d’expliquer les raisons pour lesquelles un vaccin qui pourrait provoquer des thromboses est toujours considéré comme sûr.

La défense de ce vaccin met en évidence l’un des problèmes les plus graves auxquels sont confrontés les programmes de vaccination au pays.

«L’évolution rapide des connaissances représente le défi fondamental de cette pandémie, a reconnu la Dre Tam au cours d’une conférence sur les vaccins, le 31 mars. Nous devons agir rapidement pour nous adapter et changer de direction lorsque de nouvelles données le justifient.»

Mais le rythme des nouvelles études concernant le vaccin d’Oxford-AstraZeneca peut donner le torticolis aux autorités.

Au cours des 36 jours ayant suivi l’autorisation de ce vaccin par Santé Canada, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a changé trois fois ses recommandations au sujet des classes d’âge pouvant le recevoir. Dans un premier temps, il a indiqué qu’il n’existait pas suffisamment de preuves de son efficacité pour les personnes âgées. Deux semaines plus tard, il changeait d’avis.

Et le 29 mars, le CCNI déclaré qu’il était nécessaire d’en suspendre l’utilisation pour les personnes de moins de 55 ans parce que «des cas rares et graves de caillots sanguins ont été récemment rapportés en Europe».

Selon l’Agence européenne des médicaments, il y avait, au 22 mars, 62 cas signalés de thrombose, dont 14 mortels. Dans la seule Allemagne, on rapportait, au 29 mars, 31 cas et neuf décès. Plus de cinq millions de doses du vaccin AstraZeneca ont été administrées en Europe.

Au Canada, aucun problème de ce genre n’a été rapporté jusqu’à présent. Environ 500 000 doses ont été utilisées.

La Dre Menaka Pai, une hématologue clinicienne à l’Université McMaster, à Hamilton, dit que ces effets imprévus sont si inhabituels qu’ils n’avaient pas encore de nom.

«Je dois dire que c’est la découverte la plus rapide que j’aie jamais vue, souligne-t-elle. Je suis assez stupéfaite.»

Ce trouble porte maintenant un nom: thrombocytopénie immunitaire prothrombotique induite par le vaccin (VIPIT). La Dre Pai le décrit comme une réponse immunitaire très rare où les anticorps produits par le corps après avoir reçu le vaccin commencent à cibler les plaquettes sanguines.

Ces plaquettes sont des cellules qui forment normalement des caillots pour aider à arrêter les saignements.

La Dre Pai explique que l’anticorps active les plaquettes sur tout le corps, créant de nombreux petits caillots partout. Ceux-ci peuvent bloquer la circulation sanguine et provoquer de graves problèmes de santé, pouvant aller jusqu’à la mort.

S’il est dépisté à temps, le patient peut être soigné avec des médicaments qui fluidifient le sang. Les symptômes apparaissent de quatre à 20 jours après la vaccination et peuvent inclure des maux de tête sévères et persistants, des convulsions, une vision trouble, des douleurs thoraciques, un essoufflement, un gonflement sévère, une douleur ou un changement de couleur dans un bras ou une jambe.

La Dre Pai reconnaît que la communauté médicale ne comprend pas pourquoi ce problème existe. Un vaccin n’avait jamais causé un tel effet indésirable.

Selon elle, ce n’est pas lié à la COVID-19. La maladie provoque aussi des caillots sanguins, mais leur source est différente.

Alors, pourquoi ne pas cesser l’utilisation du vaccin AstraZeneca pour tout le monde ?

Pour les médecins, il s’agit de comparer les bénéfices d’un vaccin aux risques. 

«Selon les experts médicaux, le vaccin est globalement sûr et efficace, a assuré la Dre Tam. Mais ces rares événements graves sont signalés dans des groupes d’âge plus jeune et pour eux, les conséquences de la COVID-19 sont moins graves que pour les personnes plus âgées. Par conséquent, ils ont recommandé d’aller de l’avant, mais de prendre une pause pour certaines catégories jusqu’à ce que nous obtenions plus de données.»

La plupart des premières doses du vaccin d’AstraZeneca ont été administrées au Canada à des personnes au début de la soixantaine, mais ce produit n’est utilisé que depuis la mi-mars. Les données sont donc encore limitées quant aux effets indésirables.

Au Royaume-Uni, très peu de caillots sanguins ont été observés.  Le vaccin a été administré depuis trois mois à des personnes âgées. La Dre Pai avance que ce fait contribue à conviction des experts voulant que la VIPIT soit beaucoup moins probable pour cette classe d’âge.

La Dre Pai accepte la suspension du vaccin pour les plus jeunes en attendant des études supplémentaires. Elle est davantage préoccupée par la possibilité que les gens y voient une raison pour ne pas faire confiance à la science.

«Cela ne devrait vraiment pas ébranler notre confiance dans les vaccins, dit-elle. Cela devrait nous rassurer tous. On doit se dire que les systèmes de sécurité et de surveillance des vaccins au Canada fonctionnent vraiment, que notre gouvernement réfléchit. On sait que nous pouvons faire confiance au système. J’espère que c’est ce que les gens se disent, et non le contraire.»

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