Rater le petit-déjeuner est mauvais pour le coeur? Rien de moins certain

Il est loin d’être certain que rater le petit-déjeuner mettra en péril la santé de votre coeur, quoi qu’en dise une étude publiée récemment par une prestigieuse revue de cardiologie, prévient une sommité québécoise en la matière.

«Ce n’est pas une étude qui va me faire changer d’idée par rapport au petit-déjeuner. La vraie réponse, c’est qu’on ne le sait pas», affirme le docteur Martin Juneau, directeur des services professionnels, de la prévention et de la réadaptation cardiovasculaire de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Des chercheurs de l’Université de l’Iowa ont examiné 6550 participants âgés de 40 à 75 ans qui n’avaient aucun antécédent de maladie cardiaque ou de cancer. Tous les sujets avaient participé au National Health and Nutrition Examination Survey entre 1988 et 1994, et avaient été suivis en moyenne pendant 18 ans.

Interrogés quant à leurs habitudes, 5,1 pour cent des participants ont dit qu’ils ne déjeunaient jamais, 10,9 pour cent déjeunaient occasionnellement, 25 pour cent déjeunaient presque tous les jours et 59 pour cent déjeunaient quotidiennement.

Et c’est là que ça se complique: selon les auteurs de l’étude, comparativement à ceux qui déjeunaient tous les jours, ceux qui ne déjeunaient jamais gonflaient de 87 pour cent leur risque de mortalité dû spécifiquement à une maladie cardiovasculaire.

Sauf que…

Sauf que le fait de ne pas prendre le petit-déjeuner est un marqueur pour de moins bonnes habitudes de vie, indique le docteur Juneau. Même cette nouvelle étude, qui est pourtant publiée par le prestigieux «Journal of the American College of Cardiology» (JACC), en témoigne.

«Toutes les études longitudinales sur « déjeuner, pas déjeuner » montrent la même chose: oui (ceux qui ne déjeunent pas) ont en général plus d’infarctus, une moins bonne santé, plus d'(accidents vasculaires cérébraux) et plus de mortalité totale, mais ils sont tous plus pauvres, moins éduqués, de plus gros fumeurs…», explique-t-il.

Les chercheurs assurent qu’ils mènent des analyses sophistiquées pour contrôler tous les facteurs, mais on n’arrive jamais à enlever les facteurs confondants seulement avec les statistiques, rappelle le docteur Juneau.

«C’est très difficile de départager que, parmi ceux qui ne déjeunent pas, il y a une beaucoup plus grande proportion de fumeurs, de gens qui boivent beaucoup et de gens de milieu défavorisé. C’est difficile de (démêler) tout ça», ajoute-t-il.

De plus, les participants à cette étude ont été interrogés une seule fois, au tout début, puis suivis en moyenne pendant 18 ans, sans qu’on sache ce qui se passait pendant cette période. Ceux qui ne déjeunaient pas au début ont-ils modifié leurs habitudes en cours de route? Impossible de le savoir.

«C’est un sujet qui intéresse beaucoup les chercheurs dans le domaine depuis très longtemps. (…) La conclusion est que ce n’est vraiment pas concluant que ne pas déjeuner c’est négatif pour la santé», affirme le docteur Juneau.

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