Ratios patients-infirmière: Québec s’engage à effectuer une réforme majeure

QUÉBEC — La charge de travail des infirmières sera en principe considérablement allégée dans les prochaines années, à la suite d’une réforme majeure des ratios patients-infirmière annoncée jeudi.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, était tout sourire en conférence de presse en énumérant les grandes lignes de son projet, une initiative qui nécessitera l’injection de plusieurs centaines de millions de dollars additionnels dans le réseau de la santé, de même que l’embauche probable de centaines, voire de milliers d’infirmières et autres professionnels de la santé.

Après des mois de pressions de la part des infirmières, qui se disaient épuisées, croulant sous la tâche, et des mois de négociations avec la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), le ministre Barrette a convenu que la situation ne pouvait plus durer et qu’il devait s’attaquer résolument au problème de la surcharge de travail des infirmières.

La solution passera par une diminution importante, parfois drastique, du nombre de patients placés sous la responsabilité d’une seule infirmière durant son quart de travail.  

Dans un premier temps, Québec créera dans les prochains mois 17 projets-pilotes dans chacune des régions du Québec, dans le but d’identifier pour chaque situation donnée le ratio optimal patients-infirmière, qui pourra varier selon qu’on se trouve par exemple dans une salle d’urgence, une salle de chirurgie ou un Centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD).

Concrètement, dans un CHSLD par exemple, le nombre de patients à la charge d’une seule infirmière la nuit varie actuellement de 75 à 96. En vertu du nouveau ratio, il sera réduit de plus de la moitié, avec une possibilité de 37 à 44 patients au maximum par infirmière.

Le jour, le ratio patients-infirmière en CHSLD passerait d’un minimum de 25 à un maximum de 32 patients par infirmière à un ratio de 20 à 27 patients.

«Le plus vite possible»

Si l’expérience est concluante, le ministre Barrette s’est engagé à étendre la formule à la grandeur du réseau. Il n’a cependant pas donné d’échéance précise, se contentant d’espérer un déploiement «le plus vite possible» partout au Québec.

«On est au premier jour d’une nouvelle ère», a commenté le ministre, pour bien marquer l’importance des changements à venir. 

Ce projet n’est pas une idée en l’air, mais bien un engagement ferme, irréversible, a-t-il tenu à ajouter, se disant «engagé sur une voie de laquelle on ne sortira pas».

Il a dit s’être assuré auprès du Conseil du trésor d’avoir les moyens de ses ambitions, au moment de procéder aux embauches requises. Mais encore là il a dit ne pas être en mesure de fournir de chiffres précis.

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sera aussi mis à contribution pour accroître le nombre d’inscriptions dans les secteurs requis, car M. Barrette s’attend «à une embauche qui soit significative en volume».

La révision des ratios devrait aussi contribuer à remettre en question l’obligation faite aux infirmières d’effectuer du temps supplémentaire et des doubles quarts de travail.

Présente à la conférence de presse, la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, a affirmé elle aussi qu’il s’agissait d’une annonce majeure, même si elle aurait préféré qu’elle survienne plus tôt.

«C’est un jour important pour la FIQ», a-t-elle estimé, rappelant que cette question de la révision des ratios était la priorité du syndicat infirmier depuis des années.

«C’est un grand jour pour les infirmières», a-t-elle ajouté, en rappelant qu’idéalement la FIQ souhaiterait que la nouvelle configuration des ratios soit inscrite dans une loi.

Pour déterminer le ratio optimal à chaque situation et aussi le plus sécuritaire pour les patients, Québec aura recours à «un outil scientifiquement reconnu dans le monde des soins, qui s’appelle le SSNCT (le Signifiant Safe Nursing Care Tool)», a précisé le ministre.

Il s’agit «d’un outil d’évaluation objective de l’organisation du travail», a-t-il ajouté.

La majorité des projets-pilotes doivent en principe être mis sur pied dès ce printemps, les autres au cours de l’automne. 

Le premier projet en CHSLD sera implanté dès la mi-mai au CHSLD de Bagotville, au Saguenay. 

En unité de médecine, le premier projet débutera dès le mois d’avril à l’Hôpital du Lakeshore du CIUSSS de l’ouest de Montréal.

Le premier projet à voir le jour dans une salle de chirurgie débutera au CHAUR de Trois-Rivières, dans les prochaines semaines.

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